Le télescope Hubble et ses confrères photographient chaque jour des milliers d’images de l’espace. Mais ce qu’ils voient vraiment est loin de ressembler aux photos que l’on connaît.


Non, l’espace n’est pas rempli de nébuleuses multicolores et de galaxies fuchsia comme on essaie de nous le faire croire depuis des années.

Depuis 1990 pour le télescope spatial Hubble – et encore plus longtemps pour ses confrères restés sur la terre ferme – nous parviennent des milliers d’images de galaxies, nébuleuses et autres exoplanètes lointaines. Du violet, du bleu, du rouge, du vert : l’espace a l’air d’être un endroit plutôt chouette.

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ESA/HUBBLE & NASA
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ESA/HUBBLE & NASA

Et pourtant, du télescope aux images colorées que l’on connaît, le chemin est long et parfois légèrement artificiel. Car si les images de galaxies bleutées mises à la disposition du grand public ont de quoi faire rêver, l’espace, lui, est loin d’être aussi éblouissant depuis la lorgnette du télescope.

Du noir et blanc à la couleur

« Toutes les images prises par les télescopes sont en noir et blanc. En plus de ça, elles contiennent différentes erreurs », statue d’emblée à Mashable FR Mathias Jäger, porte-parole du département Hubble à l’Agence spatiale européenne (ESA).

Du bruit qui vient rendre l’image granuleuse, des particules cosmiques responsables de points lumineux faussés ou encore des pixels défaillants à cause d’un problème technique… Quand un télescope photographie un objet céleste, l’image qu’il délivre est loin de faire rêver les foules.

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Exemple d’un « pixel défaillant ». ESA/HUBBLE & NASA

Alors comment passe-t-on de la planche de contact grisâtre à une galaxie bleue et dorée délicatement posée dans l’espace ?

Après avoir corrigé les erreurs de prises de vue mentionnées ci-dessus, les scientifiques doivent ensuite construire de bout en bout l’image finale qu’ils rendront publique.

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Photographie d’un télescope avant retouches.
ESA/HUBBLE & NASA
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Photographie après retouches. ESA/HUBBLE & NASA

Première étape : constituer en noir et blanc une image globale, qui pourra ensuite être colorisée.

« Nous combinons plusieurs images du même objet pour réduire les marges d’erreurs créées par l’instrument de mesure ou pour permettre d’avoir un angle de vue plus grand », explique Mathias Jäger.

Une fois la planète, la nébuleuse ou la galaxie reconstituée dans son intégralité, il faut ensuite la coloriser. C’est là que la part d’improvisation commence.

« Pour créer des images colorées, nous avons besoin d’images du même objet observé à travers différents filtres », explique le porte-parole du département Hubble de l’ESA

En gros, chaque filtre permet de laisser passer certaines couleurs qui, en étant ensuite assemblées ensemble, produisent une image colorée globale de l’objet observé. Oui, sauf que la plupart des couleurs émises par les objets célestes, par exemple les nébuleuses, sont invisibles pour l’œil humain.

« Nous choisissons la couleur appropriée, mais ce n’est pas une couleur que nous voyons de nos propres yeux. » Résultat, les couleurs choisies par les scientifiques contiennent une grande part d’improvisation. Et il est fort probable que le violet de la nébuleuse qui nous a tant impressionnés petit ait été le fruit d’une décision entre scientifiques à la pause café.

« – Michel, on la met en violet la nébuleuse ? – Ouais okay vas-y, c’est joli. »

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ESA/HUBBLE & NASA

Les illustrations d’artistes

Non, les astronomes ne voient pas (directement) de splendides galaxies à la lorgnette de leur télescope. Et pire, leurs observations sont parfois impossibles à photographier.

« Hubble ne fait pas que prendre des images classiques. Il collecte aussi des spectres, qui finissent rarement dans les communiqués de presse, mais qui sont très précieux pour les astronomes. Ils les extraient pour étudier la composition d’objets comme les exoplanètes. »

C’est là qu’intervient « l’artiste de l’espace ». Parmi les images délivrées par l’ESA et la NASA, se glissent des illustrations artistiques, seul moyen de mettre en images ces résultats par spectres, ou d’imaginer des objets impossibles à observer, comme un trou noir.

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Illustration artistique d’un trou noir.
ESA/HUBBLE & NASA
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Illustration artistique. ESA/HUBBLE & NASA

« Si nous avons la possibilité, nous utilisons des images réelles qui sont plus appréciées par le public et plus faciles à utiliser pour nous. Une illustration artistique scientifiquement correcte est très difficile à réaliser », confie Mathias Jäger.

Les images spatiales ne sont donc peut-être pas aussi réelles que prévu mais rassurons-nous, elles collent tout de même beaucoup à la réalité. Et surtout, elles permettent de dévoiler aux yeux des humains des choses qu’ils n’auraient, autrement, jamais vues.

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Article de Chloé Rochereuil (journaliste en contrat d’apprentissage à Mashable FR. Elle étudie à l’École de journalisme de Sciences Po Paris)


Source : mashable.france24.com

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