Article initialement publié sur huffingtonpost

Son nom ne vous dit peut-être rien mais à Harvard, il était une star. Tal Ben-Shahar est « professeur de bonheur ». Plus précisément, cet écrivain est spécialiste de psychologie positive et ses cours au sein de la prestigieuse université américaine ont été parmi les plus suivis de l’histoire.

Tal Ben-Shahar, qui enseigne aujourd’hui au Centre Interdisciplinaire à Herzliya en Israël, était à Paris début février pour présenter son livre « Choisir sa vie », paru en version poche le 19 janvier. Dans celui-ci, il explique que tout au long de notre vie, nous sommes confrontés à trois types de choix:

« D’abord ceux dont nous disposons à tout moment (sourire, inspirer profondément. Ensuite, ceux qui se présentent lors d’un événement précis (réaction face à l’échec, complimenter ou pas, collègue qui obtient de bons résultats…). Et, pour finir, les choix relatifs aux grandes évolutions de la vie (la filière professionnelle que nous allons suivre, la décision d’être utile aux autres, etc.) »

Pour lui, la vie est principalement composée des deux premières formes de choix évoquées ci-dessus. Ces petites décisions que nous prenons tous les jours, plusieurs fois par jour, ont un impact immédiat et à long terme sur notre bien-être.

Le HuffPost a voulu savoir comment ce professeur de bonheur réagissait dans des situations de la vie quotidienne. Pour cela, nous avons imaginé ce que pouvait être une sale journée, banale mais compliquée, parce que nous sommes fatigués ou de mauvaise humeur, ou qu’un projet au travail nous angoisse, et nous avons demandé à Tal Ben-Shahar ce qu’il ferait dans ces différents contextes.

Le HuffPost. 1. Le réveil sonne et vous savez immédiatement que la journée va être compliquée. Vous êtes très pessimiste quant au fait de passer une bonne journée.

Tal Ben-Shahar: Tout d’abord, il faut savoir que nous vivons tous, sans exception, de telles journée, il ne faut donc pas le vivre comme un échec mais l’accepter et se dire que c’est normal. Ensuite, je me poserais la question suivante: qu’est-ce que j’attends de cette journée? Quelles sont les trois petites choses qui seraient amusantes aujourd’hui? Cela pourrait être de déjeuner avec un ami ou de passer du temps avec ma famille. Rien que d’y penser peut changer la manière dont on envisage la journée à venir.

2. Vous arrivez au travail et tombez nez-à-nez avec deux de vos collègues qui vous disent bonjour avec un grand sourire. Vous n’avez qu’une envie, passer votre chemin.

Je pense que j’irais quand même leur parler, même si ce n’est que pour dire « bonjour » ou « je suis de mauvaise humeur ». L’un d’entre eux me dira peut-être, « oh, moi aussi ». Et alors on réalise qu’on n’est pas seul. Par ailleurs, un simple sourire peut tout changer. Même s’il est forcé au début, au final, on se sentira mieux.

3. Vous vous installez à votre bureau et êtes tracassé: vous êtes sur un projet difficile et vous faites du souci, vous avez peur de ne pas y arriver.

Je prendrais 5 minutes pour écrire: à propos du projet, de ce qui m’inquiète et de ce que je vais faire pour parer le problème. En écrivant, la plus chaotique des expériences peut prendre sens. L’écriture permet de résoudre des problèmes alors que si on les garde en tête, ils ne peuvent qu’empirer.

4. C’est l’heure du déjeuner. Vous devriez aller manger avec vos collègues, comme tous les midis mais avez simplement envie de prendre l’air et un peu de temps pour vous.

C’est très sain de marcher et de respirer un peu d’air frais et nous avons besoin de le faire régulièrement.

Mais si vous décidez d’aller déjeuner avec vos collègues: laissez votre téléphone au bureau ou éteignez-le. L’un de nos plus gros problèmes aujourd’hui est que nous ne savons plus être présents, nous sommes toujours distraits.

Vous pouvez aussi proposer à l’un de vos collègues de venir marcher avec vous. L’une des habitudes que j’ai prise ces dernières années est de faire des réunions en marchant. C’est un moment à la fois bon pour le corps et social.

5. Après le déjeuner, impossible de vous remettre au travail, vous traînez sur Facebook et avez la tête dans les nuages. Bref, vous procrastinez.

Mes proches s’imaginent que je me réveille tous les matins en me disant que je suis la personne la plus chanceuse de la planète, parce que j’adore ce que je fais de ma vie, et que je n’ai qu’une hâte, écrire le prochain chapitre de mon livre. Mais c’est faux, souvent je me réveille et j’ai juste envie de rester au lit. Ou alors je me lève et je n’arrive pas à écrire. Moi aussi, je procrastine.

La meilleure manière de lutter contre la procrastination, c’est d’adopter la technique des « 5 premières minutes ». C’est simple: qu’on le veuille ou non, il s’agit de se mettre à la tâche pendant seulement 5 minutes. Ce n’est pas difficile et souvent, après ces quelques instants, c’est bien plus simple de continuer. Si ça ne marche pas, je prends 5 autres minutes. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’objectif soit atteint.

6. Milieu d’après-midi, vous voyez passer l’offre d’emploi de vos rêves mais vous n’osez pas postuler.

Il faut avant tout se poser la question: suis-je malheureux au travail à cause de l’emploi en lui-même ou à cause de la manière dont je l’appréhende? Avoir le choix est une bonne chose, mais avoir trop de choix ne l’est pas. Si l’on pense tout le temps aux autres possibilités qui pourraient nous être offertes, alors on ne s’investit pas dans ce qu’on fait. Cela vaut aussi pour nos relations amoureuses. La clé, lorsque l’on fait un choix, c’est de s’y engager pleinement et d’investir dans cette décision. Le secret de la réussite d’une relation amoureuse est moins dépendant du choix que l’on fait que de la manière dont on investit dans celle-ci.

Ici, quant à cette offre d’emploi, il n’y a pas de choix évident. Si vous êtes malheureux dans votre travail depuis longtemps, malgré le fait que vous ayez tout essayé pour que cela fonctionne, alors ce n’est peut-être pas le bon boulot. Par ailleurs, si vous pensez que c’est le job de vos rêves, alors vous devriez postuler.

7. Après le travail, vous avez vraiment la flemme d’aller à la salle de sport.

Des études montrent que des personnes qui se sont déplacées dans les quinze dernières minutes sont plus heureuses que celles qui restent assises. Bouger est extrêmement important, qu’il s’agisse de faire vingt pas ou d’aller à la salle de gym quatre fois par semaine.

En ce qui me concerne, je fais du vélo en salle de sport, souvent en regardant des vidéos ou en écoutant de la musique. Le sport est l’un des meilleurs leviers pour accroître son bonheur et diminuer les niveaux de dépression et d’anxiété. Donc faites du sport, au moins trois ou quatre fois par semaine.

8. Dans les transports en commun pour rentrer chez vous, vous vous plaignez intérieurement de faire ce même trajet chaque jour.

Ici j’ai le choix, même si je reste dans le même métro, de faire attention à de nouveaux détails. Ma professeure de psychologie Ellen Langer a montré que, lorsqu’on demande à des musiciens qui ont déjà joué un morceau des dizaines de fois de s’attarder sur un détail qu’ils n’avaient pas remarqué auparavant, alors ils apprécient beaucoup plus de rejouer ce morceau. C’est pareil pour toutes nos activités ou pour le fait d’être avec la même personne depuis vingt ans. On peut toujours trouver une qualité nouvelle chez quelqu’un.

Donc sur le trajet, réfléchissez à ce que vous n’aviez jamais remarqué auparavant. Ou bien faites un trajet différent, passer dans une autre rue ou descendez un arrêt de métro plus tôt.

9. Vous arrivez chez vous et constatez que vos enfants ont encore laissé la cuisine en désordre et cela vous agace au plus haut point.

J’irais dans ma chambre et compterais jusqu’à cent en respirant profondément. Après ça, je devrais me sentir mieux et me demanderais alors quelle est la meilleure manière de régler la situation. S’il faut être en colère contre mes enfants, alors d’accord. Mais au moins, ce sera une colère contrôlée. Une autre façon de régler un tel problème est de faire preuve d’humour.

Je vous donne un exemple: mon fils de sept ans laissait tout le temps son linge sale traîner dans la salle de bain. Après le lui avoir répété plusieurs fois, un soir, je l’ai appelé et lui ai dit: « Monsieur, merci beaucoup de m’offrir cette opportunité de vous servir, je suis réellement heureux de pouvoir mettre vos vêtements sales dans le panier à linge. » Il a été choqué. Il a ri deux ou trois fois mais il n’a plus jamais laissé traîner son linge. Cela n’aurait pas marché si j’avais été en colère.

10. Vous tombez de fatigue mais continuez à regarder une série même si c’est insupportable.

Eteignez tout ça et allez dormir. Le sommeil est très important pour être heureux. Je dors sept ou huit heures par nuit. J’aime me coucher tôt et me lever tôt. Ce qui ne veut pas dire que de temps à autre, on ne peut pas faire de folies.

 

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