La xénoglossie ou xénolalie désigne la faculté de parler une langue étrangère sans l’avoir apprise, c’est l’ expérience linguistique étrange qu’a vécue un adolescent américain après avoir reçu un coup sur la tête. Et il n’est pas le seul dans le cas. Explications.


Le jeune Américain de 16 ans, Rueben Nsemoh, a surpris toute sa famille et ses amis lorsqu’il s’est mis à parler espagnol, après avoir reçu un gros coup sur la tête. Avant cela, il ne maîtrisait pas cette langue, soulignent plusieurs médias américains.

Rueben Nsemoh est resté trois jours inconscient après avoir reçu un gros coup en jouant au football. A son réveil, il a dit: « J’ai faim ». Rien de surprenant jusque là. Sauf que l’ado a émis cette phrase en espagnol, une langue qu’il ne maitrisait pas auparavant. « C’était étrange, très chouette », a-t-il déclaré au Time qui l’interrogeait sur sa drôle d’expérience. Les jours qui ont suivi, sa capacité linguistique a disparu progressivement.

Ce genre de cas n’est pas rare. Les experts nomment ce phénomène « xénoglossie ».

Le phénomène linguistique a pourtant une explication beaucoup plus terre à terre depuis que des scientifiques se sont penchés dessus. « Il ne s’agit ni d’un miracle ni d’une réminiscence d’une vie antérieure, mais d’une erreur commise par le cerveau », explique la chercheuse en sciences du langage Angela de Bruin de l’institut basque de recherche neurolinguitsique BCBL citée par De Morgen.

« Suite, par exemple, à une lésion cérébrale, un individu aura uniquement accès à une langue qu’il n’était même pas conscient de posséder quelque part dans son cerveau ».Chez cet adolescent américain, l’idiome espagnol devait se trouver quelque part plus profondément, il semble en effet que son entourage proche parle couramment cette langue.

Un accent très prononcé

Des récits comme ceux de Nsemoh ont déjà été mis en avant, rappelle De Morgen.Comme le cas de cet Australien qui après un accident de voiture s’est mis à parler soudainement mandarin. Une Croate, après avoir reçu un coup a commencé à s’exprimer en allemand ou encore, un Américain de 61 ans s’est réveillé dans un hôtel de Floride en découvrant qu’il parlait suédois.

La chercheuse basque a aussi analysé cet été avec ses collègues le cas curieux d’un Italien qui après une opération du cerveau ne savait plus parler que français. Là encore, il ne s’agissait pas d’un phénomène paranormal. « L’homme s’exprimait difficilement et commettait de nombreuses fautes, mais rapidement et avec un accent très prononcé, comme une caricature d’un Français », ont détaillé les chercheurs dans le magazine Cortex. Il s’est avéré que l’homme avait eu des cours de français à l’école quand il était enfant et avait même eu une relation avec une Française.

« Subitement, il voulait être français « , raconte De Bruin. « C’était drôle et désolant à la fois » ajoute-t-elle. A l’inverse de Nsemoh, l’Italien a continué à parler dans son propre sabir, sa famille l’a accepté, mais le force quand même parfois à reparler italien.

Une commotion cérébrale transforme cet homme en génie des maths

Agressé en 2002 devant un bar, Jason Padgett s’est retrouvé avec une sévère commotion cérébrale et un syndrome de stress post-traumatique. Mais l’incident a également transformé Jason Padgett en génie des mathématiques. Désormais, il voit le monde à travers la géométrie. 

Comment devient-on un super génie des mathématiques ? Si pour certains, des années d’études sont nécessaires, pour Jason Padgett, il aura suffi d’une commotion cérébrale.

Cet ancien vendeur de meubles, né à Washington, a subitement développé la capacité de visualiser des objets mathématiques et des concepts physiques complexes à la suite d’un accident. Bien que grave, sa blessure à la tête, semble avoir débloqué la partie de son cerveau qui donne au monde une structure mathématique.

Syndrome du savant

« Je vois des formes et des angles partout dans ma vie, depuis la forme d’un arc-en-ciel au fractales de l’eau s’écoulant dans une canalisation. C’est très beau », explique Jason Padgett à LiveScience. Le génie des maths, qui vient tout juste de publier un livre « Frappé par le génie », est l’un des rares individus atteint du syndrome acquis du savant.

Dans ce cas, une personne normale développe de prodigieuses capacités après une blessure grave ou une maladie. Certaines personnes se sont ainsi découverts des talents de musiciens ou de peintre, mais très peu se sont retrouvés avec un potentiel mathématique surdéveloppé, comme Jason Padgett.

Désormais, les chercheurs ont réussi à déterminer quelle partie du cerveau a été activée chez l’homme. Selon eux, de telles capacités seraient en fait dormantes dans l’encéphale humain.

Frappé par le génie

Peu attiré par les études, la vie de Jason Padgett a changé en une nuit. Il se souvient avoir pris un coup qui l’a assommé et d’avoir vu un flash de lumière. Deux hommes l’ont frappé à la tête alors qu’il tentait de se débattre. Une fois à l’hôpital, les médecins ont déterminé qu’il souffrait d’une sévère commotion cérébrale et d’une hémorragie au rein.

Après l’attaque, Jason Padgett souffrait de stress post-traumatique et d’anxiété sociale. Mais, en même temps, il s’est rendu compte que rien ne semblait comme avant : « je voyais de discrètes structures avec des lignes les reliant, mais toujours en temps réel », rapporte le Huffington Post. « Tout a pris un côté un peu pixelisé », ajoute Jason Padgett.

Cette nouvelle vision s’est également accompagnée de capacités mathématiques avancées. Il a commencé par dessiner des cercles composés de triangles superposés, lui permettant de comprendre le nombre Pi. Selon lui, il n’existe pas de cercle parfait, car lors de son expérience, il peut toujours voir les bords d’un polygone qui se rapproche du cercle.

Bien que capable de dessiner des figures géométriques complexes, Jason Padgett ne possédait pas l’éducation nécessaire pour les comprendre. Un jour, un physicien lui a conseillé de suivre une formation en mathématiques. Désormais, Jason Padgett est un étudiant de deuxième année à l’université et un théoricien des nombres en devenir.

Une condition rare

Une équipe de neuroscientifiques a cherché comment cette condition s’est développée. Berit Brogaard, de l’Université de Miami, et ses collègues ont fait passer une IRM à Jason Padgett pour découvrir d’où vient sa synesthésie, sa capacité de percevoir les formules mathématiques comme des formes géométriques. « Le syndrome acquis du savant est très rare, seuls 15 à 25 cas ont été décrits dans les annales médicales », explique Berit Brogaard.

Les résultats ont montré une activité significative dans l’hémisphère gauche de Jason Padgett, où résident les capacités mathématiques. Le cortex pariétal gauche, connu pour intégrer les informations des différents sens, s’activait également plus fortement. Idem pour certaines parties du lobe temporal, qui traite la mémoire visuelle et les émotions, et du lobe frontal, impliqué dans la planification et l’attention.

En complément, les chercheurs ont réalisé une stimulation magnétique transcrânienne, qui consiste à appliquer une impulsion magnétique sur le cortex cérébral, afin d’enregistrer l’activité résultant de l’activation ou de l’inhibition d’une zone du cerveau. En envoyant une impulsion dans les régions du cortex pariétal les plus actives, sa synesthésie s’amenuisait ou disparaissait.

Un don universel ?

Les scientifiques ignorent si les changements cérébraux chez Jason Padgett sont permanents. Mais si les changements dans son cerveau sont structurels, il est plus que probable que ses capacités lui restent. Le cas de Jason Padgett soulèvent néanmoins de nombreuses questions.

Ces capacités sont-elles dormantes chez tous les humains, attendant d’être découvertes ? Ou le cerveau de l’homme était-il déjà particulier à la base ? Probablement que chacun possède une super-capacité enfouie et que Jason Padgett a réussi, par accident, à y accéder. « Ce serait une sacrée coïncidence s’il avait une particularité cérébrale puis ce genre de blessure. Et il n’est pas le seul avec le syndrome acquis du savant », précise Berit Brogaard.

En plus des blessures à la tête, les personnes atteintes de pathologies mentales sont également connues pour révéler des capacités latentes. Berit Brogaard et son équipe ont mené d’autres études montrant qu’utiliser une stimulation magnétique transcrânienne sur le cerveau de personnes saines peut, temporairement, faire ressortir des compétences artistiques ou mathématiques.

Lachlan Connors

Lachlan Connors, jeune adolescent américain, fait partie des rares chanceux à avoir développé un don, apparu dans les suites d’une commotion cérébrale. Alors qu’il était novice dans le domaine musical, ce jeune homme s’est réveillé des suites d’un traumatisme crânien avec un « syndrome du savant » et la faculté de pouvoir jouer treize instruments de musique. Une cinquantaine de cas similaires existent dans le monde, mais la physiopathologie de ce syndrome reste encore floue.

Selon CBS Denver, Lachlan Connors n’était pas particulièrement doué en musique quand il était enfant. Mais il y a quelques années, il a subi plusieurs traumatismes crâniens qui l’ont envoyé à l’hôpital durant des semaines, et ont provoqué des crises d’épilepsie. Connors est désormais capable de jouer « à peu près de 10 à 13 instruments » d’après CBS.

Le médecin de Connors estime lui aussi que les traumatismes crâniens ont pu contribuer à ses nouveaux talents.

« C’est juste une théorie : il s’agirait d’un talent resté latent dans son cerveau et qui a été retrouvé d’une façon ou d’une autre après l’accident » explique le Dr. Spyridon Papadopoulos à CBS. « Il est clair qu’il s’est produit quelque chose dans son cerveau, que son cerveau a dû se remettre de l’accident et qu’un changement s’est alors produit. Et ce changement a révélé chez lui une capacité ignorée de tous. »

D’autres cas similaires décrits

Des cas similaires ont déjà été décrits suite à un traumatisme cérébral ou à une hémorragie cérébrale. C’est le cas de Derek Amato. Ce jeune homme américain a été victime d’un traumatisme crânien, en 2006, se cognant la tête brutalement dans le fond d’une piscine peu profonde. Outre les complications qu’il subit encore comme une perte auditive ou des maux de tête, il a pu subitement jouer du piano, sans aucune difficulté comme s’il en avait fait toute sa vie. A l’époque, Dr Andrew Reeves de Mayo Clinic avait indiqué que Amato avait « acquis un syndrome du savant », qui est « assez rare ». Selon The Atlantic, une personne atteinte du syndrome du savant est « quelqu’un qui a un talent extraordinaire mais qui n’est pas né avec et n’a pas appris ce talent ailleurs par la suite. »

Kim Peek, qui a inspiré le film Rain Man, était doté d’une mémoire eidétique (mémoire photographique). Il était capable de lire à une vitesse de dix secondes par page et retenait près de 98 % de ce qu’il lisait. Il pouvait également faire des calculs mentaux complexes, jouer du piano et mémoriser des symphonies entières et s’en souvenir des dizaines d’années plus tard.

Un dysfonctionnement de l’hémisphère gauche ?

Le Dr Darold Treffert, psychiatre à l’université de médecine du Wisconsin, a travaillé plus de 40 ans sur le « syndrome du savant ». Il explique que certaines personnes souffrant de troubles mentaux, voire d’autisme, présentent parfois un « îlot de génie » contrastant avec leur handicap.

D’après lui, ce syndrome autrefois appelé le syndrome du « savant idiot » peut aussi survenir de façon acquise, après un traumatisme cérébral. Il explique que des cas ont été décrits dans la littérature.

Un dysfonctionnement de l’hémisphère gauche (hémisphère dominant) provoquerait une compensation par l’hémisphère droit, aboutissant à une prédominance de ses facultés. Des facultés qui existeraient à l’état latent chez certains d’entre nous et qui pourraient refaire surface suite à un dysfonctionnement (traumatisme, hémorragie cérébrale). En d’autres termes, certaines personnes ayant souffert d’un traumatisme crânien se mettraient soudainement à développer de nouvelles compétences comme par exemple un talent artistique, une aptitude particulière au calcul mental ou encore une hypermnésie (mémoire surdéveloppée).

Il explique que si les causes du « syndrome du savant » ne sont pas clairement connues, les techniques d’imagerie cérébrale sont des outils supplémentaires pour mieux expliquer les mécanismes neurologiques en jeu dans ce syndrome.

 


Source : levif.be / allodocteurs.fr / maxisciences.com

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