L’hypnose a fait son entrée dans les hôpitaux depuis quelques années. De plus en plus de services utilisent cette technique, de manière ponctuelle ou, plus rarement, systématique. De fait, de nombreuses interventions peuvent se faire sous hypnose. Comment ça marche ? Est-ce efficace ? Le point sur l’hypnosédation.


Phénomène naturel, l’hypnose est quelque chose que nous avons en nous et qui arrive à tout le monde. Lorsqu’on est « dans la lune », on est en état d’hypnose. Il nous est à tous arrivé d’être dans le bus, plongé dans nos pensées, et de nous « réveiller » en ayant raté l’arrêt où l’on devait descendre. « Pour une opération sous hypnose, je vais aider le patient à se trouver dans cet état, en focalisant sa conscience sur un lieu agréable », explique le Dr Sylvie Vrignaud, anesthésiste. Plus précisément, c’est la technique d’hypnosédation, mise au point par le Pr Marie-Elisabeth Faymonville au début des années 90, qui est utilisée à l’hôpital.

Une technique qui requiert la coopération du malade

L’hypnosédation combine l’administration d’un calmant, l’injection d’un anesthésique local sur la zone à opérer et l’induction d’un état hypnotique. Pour parvenir à cet état de conscience modifié, le Dr Vrignaud demande au patient de penser à un souvenir agréable et de le lui raconter en deux ou trois phrases. Ce peut être une promenade au bord de la mer, un événement familial comme l’anniversaire d’un enfant… En quelques minutes, le patient est déconnecté.

L’anesthésiste se sert de ce souvenir pour aider le malade à atteindre cet état d’hypnose et le maintenir tout le temps de l’intervention. Sa tête proche de celle de la personne prête à être opérée, le Dr Vrignaud parle sur un ton monocorde et lancinant : « Laissez votre esprit vous accompagner là où vous le désirez »…

Il suffit de quelques minutes au médecin pour plonger le malade en état d’hypnose. Le rythme cardiaque diminue, la respiration devient plus lente. Le patient ne dort pas, son esprit est juste ailleurs. Cette dissociation corps-esprit va durer le temps de l’opération. Si le patient ressent une certaine gêne, un inconfort, il a été convenu d’un signal avec l’anesthésiste : cligner des yeux, serrer sa main… « Pour certaines opérations, comme l’ablation de la thyroïde qui peut durer deux ou trois heures, il peut y avoir des passages moins confortables. Dans ce cas, nous administrons un anesthésiant mais à doses homéopathiques », précise le Dr Vrignaud. Lorsque l’opération est terminée, l’anesthésiste reprend une voix normale et ramène le patient à la réalité. Comme il n’y a pas eu d’anesthésie générale, la récupération est immédiate. Il est même possible de rentrer chez soi dans la journée.

Plusieurs interventions peuvent en bénéficier

Coloscopie, retrait partiel ou total de la thyroïde, fibroscopie gastrique, retrait de broches, chirurgie esthétique … Les interventions qui peuvent être pratiquées sous hypnose sont variées. Mais il est difficile de savoir combien d’opérations se pratiquent ainsi aujourd’hui dans les hôpitaux français. L’acte n’est en effet pas répertorié par l’Assurancemaladie comme l’est une anesthésie classique, par exemple. Mais une chose est sûre, la pratique n’a rien de marginal. Elle séduit de plus en plus de Français. « Je pratique entre quatre et cinq hypnoses par semaine », affirme le Dr Vrignaud. À l’hôpital Saint-Joseph, à Paris, la quasi-totalité des opérations de la carotide sont réalisées sous hypnose. À l’Institut Curie, également à Paris, c’est une centaine d’opérations de cancers du sein qui ont déjà été pratiquées sous hypnose. Aux hospices civils de Lyon, cette technique est utilisée pour les cancers de la prostate traités par curiethérapie… Pour autant, il y a des limites.

« La chirurgie abdominale importante, la chirurgie thoracique ou encore une prothèse totale de hanche ne peuvent pas être réalisées sous hypnose car elles nécessitent une anesthésie générale ou loco-régionale », explique le Pr Marie-Elisabeth Faymonville.

Et ses applications ne se limitent pas à la chirurgie…

Outre la chirurgie, l’hypnose possède de nombreux terrains d’applications à l’hôpital. À l’institut Montsouris, Sylvie Charrier, manipulatrice radio formée par l’institut Emergences, l’utilise pour certains examens douloureux ou avec des patients stressés. « Face à quelqu’un qui est claustrophobe et redoute l’examen IRM, ou alors en cas de biopsies douloureuses. Selon l’état de stress de la personne, je vais l’emmener dans un lieu où elle se sent bien mais sans lui dire que c’est de l’hypnose », raconte-t-elle.

La douleur, qu’elle soit aiguë ou chronique, est aussi une indication de choix pour l’hypnose. Elle est donc devenue un outil pour soulager les grands brûlés et a trouvé sa place dans de nombreux services de lutte contre la douleur. C’est aussi pour cette raison qu’elle est de plus en plus pratiquée dans les services de cancérologie. Notamment en complément des séances de radiothérapie et de chimiothérapie, car elle va également aider à lutter contre les nausées et les vomissements. Elle est aussi utilisée dans certaines maternités pour faciliter la péridurale ou même… pour l’éviter.

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Sources: topsante.com / lci.fr / parismatch.com / hypnose.fr

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