L’école Dynamique ou l’anti-école fait parler d’elle. Créée en septembre dernier à Paris par un professeur de maths et de physique, Ramïn Fahrangi, elle fait de la liberté la base de l’éducation. Pas de programme scolaire, pas de cours, pas de contrôles, pas de matières imposées, pas d’obligation, pas de compétition. Aucune approche aussi opposée à celle de l’Education Nationale n’existait jusqu’alors. Le début de la dérive pour la future génération ? Non. L’expérience a commencé il y a 50 ans déjà aux états-Unis, et alors qu’elle visait simplement la réussite, elle a finalement atteint l’excellence.

Sudbury Valley School, le point de départ

Créée en 1968, cette école démocratique a réuni un groupe d’enfants, tout âge confondu, et les a laissés vivre, évoluer, apprendre à leur rythme, selon leurs envies et centres d’intérêt. La journée est en fait un temps libre pour discuter, jouer, inventer des histoires, faire du trampoline, faire du théâtre, dessiner, en bref, laisser le temps de l’enfance passer, et l’appréhender comme une douce exploration de soi. À travers ces activités qui n’excluent pas l’oisiveté, les enfants évoluent et se découvrent des passions, des attirances pour tel ou tel sujet, langue, discipline ou sport. Et cela, les encadreurs (et non pas instructeurs) le respectent. Si un enfant n’a pas envie d’apprendre à lire avant l’âge imposé dans une école classique, rien ne l’y oblige. S’il n’aime pas les maths et ne se concentre que sur la guitare, il est encouragé et non pas réorienté. Ainsi grandit l’enfant, libre de devenir ce qu’il est. Avec le recul, sont sortis de Sudbury Valley des adultes responsables, respectueux de la société et de l’environnement, très ouverts d’esprit, dotés d’une grande confiance en eux et ambitieux. 90% d’entre eux ont poursuivi leurs études à l’université, certains sont chefs d’entreprises, artisans, médecins, avocats, agriculteurs…le sens de leur vie en tout cas, relève de leur propre choix.

« La liberté est la plus grande des responsabilités »

Bien sûr, ce type d’initiative suscite autant l’emballement que la méfiance. Beaucoup de parents redoutent l’inertie et la dérive de leurs enfants, trop livrés à eux-mêmes. Mais les écoles démocratiques ont tout de même des règles à respecter et notamment des adultes « barrières » qui leur rappellent les codes de la société. Concernant l’examen du Baccalauréat, rappelons tout de même que l’instruction, et non l’école, est obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans, et qu’elle doit transmettre « un socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». Cet engagement, les écoles démocratiques le respectent, sans en échelonner les étapes.

Si un enfant n’a pas envie d’apprendre à lire avant l’âge imposé dans une école classique, rien ne l’y oblige. S’il n’aime pas les maths et ne se concentre que sur la guitare, il est encouragé et non pas réorienté.

En somme, ce modèle anticonformiste d’éducation est une réussite mais ne concerne malheureusement encore, qu’une certaine élite de la société. En attendant que des subventions rendent plus accessibles ce cursus original, de nouvelles façons d’enseigner se propagent, grâce au dynamisme de certains professeurs éveillés. L’Education Nationale s’applique à imposer des méthodes, que la société rêve enfin de refuser.

Céline Alvarez vient de publier un livre intitulé « Les lois naturelles de l’enfant », dans lequel elle relate ses travaux dans une classe à Gennevilliers, basés sur une approche scientifique de l’enseignement. Parmi les « lois » mises à l’expérimentation, l’autonomie : « L’être humain n’apprend pas quand il est passif », affirme Céline Alvarez. « On sait aujourd’hui que les zones de la mémoire s’activent très faiblement lorsque nous ne sommes pas motivés ou curieux, intéressés par le sujet qu’on essaye d’apprendre », étaye-t-elle. Autre « loi » : le « lien social positif ». « On n’apprend pas dans un environnement où l’on se sent jugé, dit-elle, où l’on ne se sent pas apprécié, aimé. On ne peut pas demander à un enfant d’apprendre dans un environnement stressant ».

Céline Alvarez a voulu adapter ses méthodes d’enseignement dans les écoles publiques. Appliquer les sciences cognitives et la méthode Montessori dans une école maternelle de Gennevilliers a sûrement été l’une de ses plus belles expériences. Toutefois enseigner l’amour, l’action et la motivation n’a pas du tout plu à l’éducation nationale ! 

Ce projet de mettre en place une nouvelle méthode d’enseignement dans une ZEP (Zone d’Étude Prioritaire) ne sort pas de nulle part puisqu’il a été mis en place par le ministère de l’Éducation Nationale en 2009. Le ministère avait donné carte blanche à Céline Alvarez et autorisé des psychologues indépendants ainsi qu’une équipe de chercheurs à observer le développement des enfants dont certains présentaient déjà des lacunes. Selon les chiffres que les chercheurs ont fournis à Céline Alvarez, 74 % des élèves avaient rattrapé leur retard six mois après la rentrée.

En 2012, à la suite d’un changement de gouvernement, le projet n’est plus supporté par le ministère. Elle doit donc désobéir à sa hiérarchie pour continuer l’expérience. Elle filme tous les jours sa classe pour garder des traces des progrès « impressionnants » qu’elle constate. « Aujourd’hui l’école donne à faire à l’enfant des taches indignes de son intelligence. Il faut être plus ambitieux. Lors des trois premières années de sa vie, l’enfant se lève seul, il apprend à marcher, à parler sa langue, et il apprend cela tout seul, sans aucun maître. Et nous, pour les trois prochaines années de sa vie, en maternelle, nous lui proposons comme programme d’apprendre les 26 lettres de l’alphabet et de compter jusqu’à 30 », déplore la jeune femme. Ne voulant pas faire carrière au sein de l’éducation nationale elle décide donc de démissionner.

Dans sa classe, elle invitait les enfants à faire le ménage, à s’habiller eux-mêmes, à découvrir des continents, à lire… Son objectif : « stimuler le potentiel de ses élèves ». Une méthode géniale et efficace qui, malheureusement, n’était pas du goût de la hiérarchie… Les résultats sont pourtant incroyables. Les enfants étaient capables de lire dès l’âge de trois ans ou de résoudre des multiplications à quatre chiffres à seulement quatre ans !


Source : lareleveetlapeste.fr

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