Article initialement publié sur sciencesetavenir

Choisir un candidat parmi plusieurs : est-ce mathématiquement la meilleure façon de voter ? Des chercheurs mènent une expérience scientifique participative pour évaluer des méthodes alternatives.


Il vous reste jusqu’au 23 avril 2017 pour vous prononcer. Pas sur les candidats à la présidentielle mais sur la façon de les élire. Une expérience scientifique – menée et soutenue par le CNRS, l’école Polytechnique, l’Université Paris-Dauphine et laprimaire.org – évalue sur les réseaux sociaux le jugement majoritaire, un mode de scrutin alternatif.

Chaque vote est interprété comme une adhésion

Dans l’hexagone, comme dans beaucoup d’autres démocraties, on utilise le vote majoritaire qui consiste à choisir un candidat parmi plusieurs au premier tour, puis un candidat parmi les deux vainqueurs au second tour (si personne n’a obtenu la majorité absolue…). Mais depuis longtemps, cette méthode a été critiquée, donnant parfois des résultats très paradoxaux. Selon Rida Lakari, Directeur de Recherche CNRS et professeur à l’École Polytechnique, « le scrutin majoritaire mesure mal les opinions » car « il force l’électeur à voter pour un seul candidat, alors qu’il a des opinions bien plus nuancées sur tous. Certains électeurs pourraient soutenir plusieurs candidats ; d’autres apprécient peu le candidat pour qui ils ont voté ; d’autres encore font le choix stratégique du moins mauvais parmi ceux qu’ils estiment avoir une chance. Néanmoins, chaque vote est interprété comme une adhésion et vaut « 1 ». Ainsi, la somme de votes aux sens totalement différents détermine le résultat. Il n’est pas surprenant que les poids politiques induits soient loin de la réalité« .

Le jugement majoritaire est un système alternatif développé par deux chercheurs CNRS (Rida Lakari et Michel Louis Balinski, mathématicien) reposant sur une théorie mathématique développée depuis une dizaine d’années et publiée dans un livre paru chez MIT Press en 2011. Chaque électeur attribue à chaque candidat une mention (Très bien, Bien, Assez bien, Passable, Insuffisant ou À Rejeter). Celui obtenant la meilleure mention soutenue par une majorité est élu. Entre deux ex-aequo, celui qui gagne est celui qui a davantage d’électeurs lui ayant donné plus que sa mention majoritaire.

Voir la vidéo : » Un nouveau mode de scrutin : le jugement majoritaire « , par R. Laraki, professeur à l’École Polytechnique 

Il est possible de participer à cette expérience via Facebook, ou via LaPrimaire.org. Le système, qui requiert une authentification (bien que les votes restent anonymes), utilise une urne électronique transparente et sécurisée basée sur la technologie blockchain. Dans le modèle, quatre candidats, finalistes des différentes primaires, ont été ajoutés aux « officiels » pour montrer qu’ajouter un candidat de plus à droite ou à gauche ne contribue pas nécessairement à éliminer les deux. Les résultats seront publiés après le second tour.

Comment le mode de scrutin façonne notre démocratie ?

Les élections présidentielles de 2017 feront (comme les précédentes) l’objet d’études expérimentales pour mieux comprendre les propriétés comparées des modes de scrutin, organisées par un groupe de chercheurs en sciences économiques et informatique, universitaires et CNRS, issus des Universités de Bilbao, Caen, Grenoble, Paris, Saint-Etienne et Strasbourg. Le 23 avril 2017, d’autres modes de scrutin seront proposés aux électeurs dans plusieurs bureaux de vote (avec l’aval des Préfectures et l’accord des élus à Strasbourg (Bas-Rhin), Hérouville Saint-Clair (Calvados), Grenoble (Isère), ainsi que – sur une initiative citoyenne – à Crolles et Allevard-les-Bains (Isère)). L’expérience sera basée sur le volontariat. Certains seront dans les mêmes conditions que le vote officiel (avec une urne, un isoloir et des bulletins), et d’autres se verront proposer une procédure sur tablette. En outre, une expérimentation sur Internet(Voter Autrement) est également proposée à tous les français qui désirent la tester. Le résultat de ce vote n’aura bien sûr rien d’officiel et n’influencera pas les élections en cours. Néanmoins, l’initiative devrait permettre de mieux comprendre les propriétés des procédures de décision collective ainsi que le comportement des électeurs face au mode de scrutin sélectionné. Un choix jamais neutre « qui façonne la démocratie dans laquelle nous vivons« , écrivent les scientifiques. « Nos recherches visent à comprendre comment« .

www.jugementmajoritaire2017.com

 

Pas clair ? Cette bande-dessinée explique très bien le principe !  (voir la version longue ici)

Source : Marjolaine Leray – lechoixcommun.fr – 2017

Vu sur colibris-lemouvement.org

L’intégralité de la BD ici

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