C’est une thérapie née dans les années 80 aux Etats-Unis et reconnue depuis plusieurs années par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). L’Eye Mouvement Desensibilisation and Reprocessing, acronyme anglais pour « retraitement et désensibilisation par le mouvement des yeux. »plus connu sous l’acronyme EMDR, est une approche efficace pour aider les personnes à travailler sur des événements passés qui les déstabilisent encore aujourd’hui.


Qu’est-ce que la thérapie EMDR ?

La thérapie EMDR est une nouvelle approche de psychothérapie qui utilise la stimulation sensorielle des deux côtés du corps, soit par le mouvement des yeux soit par des stimuli auditifs ou cutanés, pour induire une résolution rapide des symptômes liés à des événements du passé. Cette thérapie poursuit le mouvement de recherche clinique et de soins inaugurés par la psychanalyse, la thérapie cognitive comportementale, les traitements par exposition, la médecine humaniste, les thérapies systémiques et les psychothérapies brèves centrées sur la personne.

La thérapie EMDR a été créée à la fin des années 80 dans la Baie de San Francisco. En moins de 10 ans, elle est devenue un des modes de traitement psychothérapeutique du PTSD (ou ESPT : État de Stress Post-Traumatique) ayant donné lieu au plus grand nombre d’études cliniques. Ses initiales viennent de son appellation anglo-saxonne : Eye-Movement Desensitization and Reprocessing, ou Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires, même si la méthode ne se limite désormais plus à l’utilisation des mouvements oculaires.

Le protocole de la thérapie EMDR repose sur un ensemble de principes qui sont essentiels à une approche humaniste et intégrative de la médecine et de la santé : la confiance dans la capacité d’auto-guérison propre à chacun, l’importance de l’histoire personnelle, une approche centrée sur la personne, un pouvoir restauré, l’importance du lien corps-esprit, un bien-être et une amélioration des performances.

Plusieurs études contrôlées ont démontré la remarquable efficacité de la thérapie EMDR pour la résolution les états de stress post-traumatiques (ESPT en français, PTSD dans la littérature anglo-saxonne), autant chez les victimes de traumatismes civils (viols, accidents, deuils) que chez les vétérans de la guerre du Vietnam ou les victimes de conflits dans les pays en voie de développement. De fait, à ce jour, la thérapie EMDR est une des méthodes de traitement des états de stress post-traumatiques (ESPT ou « PTSD ») les mieux documentées par la littérature scientifique.

Le livre qui sert de référence aux praticiens de la thérapie EMDR et à l’enseignement de la méthode s’intitule « Eye-movement Desensitization and Reprocessing : Basic principles, protocols and procedures », publié par Guilford Press (2001). Son auteur est Francine Shapiro, Ph.D. Elle est fondatrice de la thérapie EMDR, Senior Research Fellow du Menlo Park Research Institute (« L’École de Palo Alto »), et présidente de l’EMDR Institute, Californie. En juillet 2002, Francine Shapiro a reçu le prix Sigmund Freud décerné conjointement par le Congrès Mondial de Psychothérapie et la ville de Vienne.

Pour aider un patient à se remettre d’un traumatisme psychique, le travail psychothérapeutique traditionnel incite à la mise en mots de la souffrance. Mais la prise en charge reste très difficile. Or, il apparaît aujourd’hui que contrairement à ce qui était jusqu’alors enseigné, il n’est pas forcément nécessaire, pour guérir, de passer par la parole et la prise de conscience.

Qu’il suffise de bouger les yeux pour guérir d’un trouble important est une affirmation surprenante à première vue, mais qui se comprend mieux si l’on prend en compte la dynamique neurologique. Celle-ci oppose les réflexes de survie activant le centre de la peur (dans le cerveau émotionnel), et le mécanisme de mise en mémoire, et donc de traitement de l’information (dans le cerveau cognitif). Toutes les informations que nous recevons, surtout si elles sont émotionnellement chargées, s’impriment aussitôt en nous dans une sorte de mémoire tampon, l’hippocampe.

Elles sont ensuite retraitées – c’est-à-dire associées à d’autres informations pertinentes déjà stockées –, prennent sens, sont acceptées ou effacées, et passent en mémoire corticale à long terme. Dès lors, le traumatisme psychique apparaît comme l’impossibilité de traiter et de mettre en mémoire à long terme une information menaçante. La théorie de F. Shapiro, placée sous le signe de la recherche scientifique, est donc qu’au fil des ans et des chocs vécus au cours de notre existence, certaines informations ne sont pas traitées, et donc pas mémorisées. Dysfonctionnelles, elles restent en attente de résolution et constituent des réseaux de « mémoires toxiques » : leur évocation volontaire est douloureuse, et l’émotion peut surgir de manière inopinée dès que l’environnement rappelle les circonstances du traumatisme. Elles seraient à l’origine de troubles divers comme les pensées et images intrusives, les cauchemars, les peurs, les sursauts intempestifs, les phobies… L’objectif de la thérapie consiste à favoriser le transfert de l’information entre les cerveaux émotionnel et cognitif, pour faire cesser les troubles. Certains mouvements oculaires alternés (de droite à gauche et réciproquement) semblent y contribuer, selon un processus qui demande à être mieux compris. Il est alors possible, pour le patient, d’intégrer un souvenir de l’événement en le détachant de sa violence émotionnelle. Plus troublant encore, selon l’observation clinique, il ne faut pas nécessairement beaucoup de temps pour guérir.

Depuis l’apparition des thérapies comportementales, on connaît déjà l’importance de la réexposition imaginaire ou réelle des patients aux situations traumatiques qui les terrorisent. On sait par ailleurs que l’adjonction d’exercices de relaxation peut raccourcir significativement l’obtention de résultats thérapeutiques positifs. De telles prises en charge peuvent à juste titre revendiquer un quota important de guérisons. Néanmoins, même sous cette forme, elles restent relativement longues et difficiles à supporter. La technique de l’EMDR associe elle aussi une réexposition de courte durée à des séquences de détente, mais y adjoint des stimulations adéquates simultanément à l’évocation de son traumatisme par le patient. Ces stimulations sont visuelles (le patient bouge alternativement les yeux de droite à gauche et de gauche à droite), mais aussi tactiles ou sonores. Selon diverses études, certains types de traumatismes psychiques dits simples ou de type 1, c’est-à-dire quand le sujet a été confronté à une brusque menace de mort, donneraient lieu à plus de 80 % de taux de guérison.

Vers une guérison des traumatismes psychiques ?

Cette découverte inaugure une nouvelle conception de la psychothérapie, conjuguant le recours au langage et des éléments neurologiques. Pour la première fois il est permis d’envisager de réelles guérisons dans le domaine des traumatismes psychiques et par extension dans beaucoup de troubles comme les phobies, les attaques de panique, certaines dépressions, surtout si leur origine est traumatique. On ne connaît pas de cas de rechute depuis la découverte de la méthode. L’effet de l’EMDR s’apparente à un processus de cicatrisation physique. Et l’on sait que quand une plaie est cicatrisée, elle ne s’ouvre jamais toute seule ensuite. En 2002, pour sa découverte, F. Shapiro a reçu le prix Sigmund-Freud décerné par l’Association mondiale de psychothérapie et la ville de Vienne.

Où en est la recherche ?

Dès 1989, Francine Shapiro publie la première étude scientifique contrôlée sur l’EMDR. Les données portent sur 22 personnes, souffrant depuis des années de traumatismes psychiques malgré toutes les thérapies entreprises. Il s’agit de victimes de viol, d’agression, ou encore d’anciens combattants du Viêtnam dont la pathologie correspond au diagnostic d’état de stress posttraumatique défini par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV). F. Shapiro a séparé ces sujets en deux groupes auxquels elle a appliqué le même protocole, à ceci près que l’un d’eux bénéficiait de mouvements oculaires alternés, mais pas l’autre (groupe de contrôle). Chez les sujets traités, les manifestations pathologiques ont totalement disparu et leur estime de soi a augmenté. Chez ceux qui n’ont pas bénéficié de la stimulation oculaire, les symptômes se sont accrus. Ces résultats sont en accord avec une étude de 1983 constatant que rappeler un traumatisme ne diminue pas l’angoisse, mais l’accroît plutôt. Les effets positifs seront corroborés après un, puis trois mois. Après ces trois mois, l’application, pour des raisons éthiques, de la même thérapie au groupe de contrôle donnera un résultat similaire. Depuis, les pays anglo-saxons ont conduit de nombreuses études cliniques et recherches fondamentales sur les mécanismes cérébraux en œuvre dans l’EMDR. Elles ont prouvé notamment que des mouvements oculaires alternés généraient de l’acétylcholine, hormone nécessaire au travail de mémorisation. Des chercheurs français ont également initié de telles études, par exemple à l’université de Metz. À Marseille, une recherche du CNRS publiée en 2007 a mis en évidence les modifications physiologiques corroborant les effets psychologiques observés après une seule séance d’EMDR. Deux autres recherches françaises sont en cours, dont une en neuro-imagerie, afin d’étudier les mécanismes cognitifs, psychophysiologiques et cérébraux impliqués dans l’état de stress posttraumatique avant et après traitement par l’EMDR.

Rapport INSERM sur l’EMDR

L’INSERM a publié en juin 2015 un rapport sur l’évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Il s’agir d’une expertise scientifique réalisée par l’unité Inserm U1178 à la demande du Ministère de la Santé (Direction Générale de la Santé).

Ses conclusions précises que : « L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, technique de désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires) est une pratique beaucoup plus récente (fin des années 1980). Elle intègre certains éléments issus de l’hypnose et d’autres approches psychothérapeutiques. Cette thérapie brève, basée sur le modèle du traitement adaptatif de l’Information, est notamment utilisée dans la prise en charge du syndrome de stress post traumatique. Les formations initiales et continues sont contrôlées et homogénéisées au niveau national et européen pour obtenir le titre de « Praticien EMDR Europe » (ou sa réaccréditation). (…) Concernant l’EMDR et la prise en charge du syndrome de stress post traumatique (SSPT), il existe deux revues Cochrane, qui confirment que l’EMDR est efficace dans la prise en charge du SSPT chez l’adulte mais ces revues ne permettent pas de conclure chez l’enfant et l’adolescent. En ce qui concerne la sécurité de l’hypnose et de l’EMDR, les études sont rassurantes. Il faut toutefois être vigilant sur les dérives éthiques que les techniques de suggestions peuvent entraîner. Comme dans de nombreuses autres techniques de soins non conventionnels, une règlementation des pratiques serait ainsi souhaitable.

On y parle donc d’EMDR, et notamment de :

  • le statut de l’EMDR en France
  • les formations : la formation initiale, la formation continue, les instituts de formation…
  • la démographie : combien de praticiens EMDR ? quels titres ?
  • les fondements et les caractéristiques de l’EMDR : les mécanismes invoqués
  • les indications de l’EMDR
  • les techniques utilisées
  • les recommandations : avis de la HAS, rapport de l’académie nationale de médecine
  • la recherche : revues en EMDR
  • un glossaire
  • une revue de la littérature scientifique sur les données d’efficacité : revue de la littérature sur l’EMDR dans la prise en charge du syndrome de stress post traumatique, description de la littérature scientifique identifiée, EMDR et syndrome de stress-post traumatique, EMDR et prise en charge du SSPT…
  • Utilisation conjointe de l’EMDR et de l’hypnose

Lire l’Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose sur le site l’INSERM

En savoir plus :

Quel est le principe de la thérapie EMDR ?

Quand des expériences inquiétantes se produisent, elles sont stockées dans le cerveau avec toutes les images, bruits, pensées et sentiments qui l’accompagnent au moment de l’événement. Quand une personne a été traumatisée, le cerveau semble ne pas pouvoir traiter l’expérience comme il devrait le faire normalement. Par conséquent, les pensées et les sentiments négatifs de l’événement traumatique sont « emprisonnés » dans le système nerveux. Puisque le cerveau ne peut pas traiter ces émotions, l’expérience et/ou les sentiments qui l’accompagnent sont souvent supprimés de la conscience. Cependant, la détresse continue de se manifester dans le système nerveux où elle cause des perturbations dans le fonctionnement émotif de la personne.

La technique de thérapie EMDR fait deux choses très importantes. D’abord, elle « débloque » les mémoires et les émotions négatives stockées dans le système nerveux, puis, elle aide le cerveau à re-traiter l’expérience (au sens informatique de traitement de l’information) pour qu’elle soit « digérée ».

Le praticien travaille doucement avec le patient, le guidant progressivement pour rendre à nouveau visite à l’incident traumatique. Quand le souvenir est évoqué, les patients refont alors l’expérience des sensations et des émotions d’une nouvelle façon. La thérapie EMDR permet d’acquérir la compréhension de soi et la perspective qui permettront au patient de choisir ses actions, plutôt que de se sentir impuissant face à leurs réactions. Ce processus peut être complexe s’il y a beaucoup d’expériences reliées aux émotions négatives. Les séances de thérapie EMDR continuent jusqu’à ce que les souvenirs et les émotions traumatiques aient disparu.

La PNL (Programmation neurolinguistique) et l’EMDR différent sur bien des points

  • Quant à l’ancienneté : La PNL a été créée en 1975 par Richard Bandler et John Grinder. L’EMDR a été découvert par Francine Shapiro en 1987 et d’emblée soumis à la vérification expérimentale au cours d’une première étude contrôlée publiée en 1989. Le livre fondateur de la méthode « Eye Movement Desensitization and Reprocessing, Guilford Press » paraît en 1995.
  • Quant à la méthode : La méthodologie de la PNL est complexe et ne peut être ici résumée. Elle est basée aussi bien sur le langage, sur le cognitif, que sur des techniques de suggestion, ou de dissociation de type hypnotique (par exemple la dissociation Visuel/Kinesthésique VK) ou d’ancrage (par exemple association d’une émotion et d’un toucher). Bien qu’également complexe et subtile dans son application, l’EMDR associe images, pensées (les cognitions négatives et positives), autoévaluations, émotions et sensations corporelles à une stimulation sensorielle bilatérale alternée. Il existe beaucoup d’autres différences entre la PNL et l’EMDR que nous ne pouvons, dans le cadre restreint de la réponse à la question, développer davantage ici. La PNL utilise éventuellement l’observation du mouvement spontané des yeux pour affiner le diagnostic, alors que l’EMDR induit délibérément un tel mouvement dans un but thérapeutique. La PNL vise la relation à l’autre, tandis que l’EMDR harmonise l’état interne du patient lui-même.
  • Quant aux fondements théoriques : Bien que faisant référence à la neurologie dans son appellation, la PNL ne s’appuie pas sur les neurosciences mais bien plus sur la linguistique et principalement sur la grammaire générative et transformationnelle de N. Chomsky (Aspects de la théorie syntaxique, Paris, Le Seuil, 1971), ainsi que sur l’analyse du langage et de la communication et, comme cela a été plus haut écrit, sur l’observation et l’analyse des pratiques des thérapeutes qui semblaient les plus efficaces. L’EMDR est centrée sur les mécanismes de stockage et de traitement de l’information, celle-ci pouvant être fonctionnelle ou dysfonctionnelle. Bien que la théorie ne tienne pas une place centrale en EMDR, la recherche scientifique qu’elle a initiée (rapportée dans plusieurs publications scientifiques) a conduit beaucoup de chercheurs à s’intéresser autant à la mise en place de protocoles cliniques qu’au fonctionnement neurologique, principalement au lien existant entre les cerveaux émotionnels et cognitifs et au rôle de la sensorialité dans le traitement de l’information.
  • Quant aux applications : Fondée sur l’amélioration des moyens de communication, la PNL s’adresse d’abord et surtout aux formateurs, enseignants, coaches, responsables des ressources humaines et aux consultants. Elle trouve des applications aussi bien dans les thérapies individuelles qu’en entreprise. La vocation principale de l’EMDR est le traitement des réseaux de mémoires dysfonctionnels, tels qu’ils se manifestent en premier lieu à l‘occasion de traumatismes psychiques et ensuite dans l’ensemble de la pathologie (phobies, certaines dépressions, etc.). Son application est donc avant tout clinique et individuelle, ce qui n’exclut pas des recherches en thérapie de couple par exemple.
  • Quant à la durée : Le nombre de séances exigé pour un soin par la PNL est beaucoup plus grand que celui que requiert un traitement EMDR.
  • Quant aux recommandations internationales : Seul l’EMDR est reconnu (avec les TCC) dans le traitement des traumatismes psychiques par de nombreuses institutions dans plusieurs pays et notamment par l’INSERM en France (2004), l’American Psychiatric Association (2004), le National Institute for Clinical Excellence du Royaume Uni (2005).


Source : emdr-france.org / scienceshumaines.com / ifemdr.fr

Publicités

Laisser un commentaire