A-t-on trouvé un « siège de la conscience » dans le cerveau humain ? C’est ce que pourrait laisser penser une étude réalisée au Beth Israel Deaconess Medical Centre, le centre hospitalier de l’école de médecine de Harvard (USA), qui vient d’être publiée dans la revue spécialisée Neurology.


Les chercheurs ont étudié un groupe de patients souffrant de lésions cérébrales, certains étant dans le coma et d’autres non. En cartographiant les blessures, ils ont identifié une zone du tronc cérébral qu’ils ont reliée au coma.

À partir de ces résultats, ils ont étendu leurs investigations à d’autres parties du cerveau qui pourraient être reliées aux lésions provoquant le coma, et mis en évidence un « réseau » de trois régions spécifiques qui serait donc lié à la conscience humaine.

La conscience chimique

Cette étude ouvre probablement la voie à de futurs traitements pour les personnes dans le coma. Mais sur un plan plus métaphysique que physique, elle nous interroge sur la nature même de la conscience… Et de ce que certains appellent « l’âme ».

La conscience n’est-elle qu’un simple phénomène biochimique apparu chez les primates comme résultat de l’évolution ? Dans ce cas, tout espoir de survie posthume ne serait qu’une illusion entretenue à souhait par les religions et les philosophies tentant de donner un sens à la vie.

D’autant que la nature du « soi », ce qui fait notre personnalité, est bien entendu façonnée par les événements que nous avons vécus autant que par les cartes distribuées à notre naissance, et qui dépendent de notre patrimoine génétique. Tout cela pourrait sembler bien matériel, et laisser peu d’espoir à ceux qui croient aux « forces de l’esprit ».

Le rêve lucide

Stanislas Dehaene, professeur au collège de France, a d’ailleurs décortiqué cela en parlant d’un « code de la conscience ». Pour lui, celle-ci est « la diffusion d’une information dans le cerveau pour la rendre disponible à la mémoire de travail ou à long terme et aux systèmes d’évaluation, de focalisation d’attention, perceptifs, moteurs, par les autoroutes neuronales, les faisceaux d’axones de quelques millimètres de diamètre ».

Cette compréhension des mécanismes cérébraux de la conscience est décrite par diverses théories, et pas seulement en neurologie. On citera notamment celle de l’information intégrée (Integrated information theory) de Giulio Tononi, de l’université du Wisconsin-Madison, qui définit la conscience en fonction des propriétés d’un système physique.

En début d’année, deux chercheurs en psychologie, Giulia Poerio, de l’université de York, et Dan Denis, de l’université de Sheffield, se sont intéressés au rêve lucide, cet état de conscience durant lequel on rêve tout en sachant qu’on rêve… Et où l’on peut même, éventuellement, se regarder soi-même avec distance.

En se basant sur diverses recherches sur le sujet, ils suggèrent que l’on compare les états de sommeil « normal » et de rêve lucide, et que cette comparaison pourrait détenir une clé pour comprendre le phénomène de la conscience.

Illusion et libre-arbitre

Certains, comme le philosophe Daniel Dennett, affirment même que la conscience que nous avons de notre individualité, le « soi », n’est qu’une illusion. Que notre cerveau nous joue des tours. Et lorsqu’on réalise à quel point la mémoire, la somme de nos expériences, peut être altérée par des blessures au cerveau ou des maladies (comme Alzheimer), il serait facile de se dire que « l’esprit » n’est qu’un vague sous-produit de la matière, et qu’une fois le rideau tiré, c’est fini, l’âme n’a pas plus de chances de survie qu’un calcul rénal dans un corps en décomposition

La conscience peut même être liée à la nature de l’univers, et plus particulièrement de l’espace-temps. Einstein a lié espace et temps en une seule entité, mais la nature du temps fait l’objet de nombreuses théories, notamment sur la direction de sa « flèche », qui va du passé vers le futur.

Nous vivons dans un temps linéaire, avec le présent comme seule réalité tangible, mais si l’espace-temps est vraiment un tout, cela pourrait signifier que le futur est tout aussi tangible que le passé, qu’il est donc déjà écrit. Même les théories d’avant-garde sur le multivers, qui décrivent une multitude d’univers « parallèles », laisseraient penser que nos vies ne sont qu’une possibilité parmi d’autres qui se produisent ailleurs.

Le libre arbitre, un « bruit de fond »

Avec un futur gravé dans le marbre, quelle serait alors la réalité du libre-arbitre ? Et dans ce cas, la conscience peut-être elle davantage qu’une étincelle qui visualise ce point fluctuant que nous nommons présent ?

D’autant que le libre arbitre en question est aussi remis en question par des neurologues américains, pour qui il ne s’agirait que d’un « bruit de fond » généré par notre cerveau pour masquer la simple loi de cause à effet des événements qui s’enchaînent.

Un « bruit » qui « pourrait même être l’onde porteuse sur laquelle voyage la conscience, de la même manière que le bruit de fond statique est utilisé pour porter les ondes d’une station de radio » , explique le neurologue Jesse Benson, de l’université de Californie.

Copier le cerveau dans un ordinateur

Une conscience liée à la matière, un libre arbitre illusoire, il pourrait y avoir de quoi déprimer. Mais il y a d’autres points de vue. La nature du temps elle-même fait l’objet de débats chez les physiciens, et elle n’est pas forcément contradictoire avec le libre arbitre. Idem pour la conscience, où les théories sont variées. Mark Tegmark pense même qu’il pourrait s’agir d’un état de la matière.

A côté de cela, on voit arriver de nouvelles applications de l’informatique, et des espoirs pour certains de voir un jour transférer notre conscience dans des ordinateurs. Le physicien Stephen Hawking y voit la seule manière crédible de survie après la mort :

« Je pense que le cerveau est comme un programme dans l’esprit, qui est comme un ordinateur, aussi il est théoriquement possible de copier le cerveau sur un ordinateur, et fournir ainsi une sorte de vie après la mort. Cependant, c’est très au-delà de nos capacités présentes. Je pense que l’après-vie conventionnel est un conte de fée pour des gens qui ont peur du noir ».

Avec comme perspective de devenir des ordinateurs quand la technologie le permettra, il y a vraiment de quoi détruire tout espoir en un monde meilleur.

La science va-t-elle piétiner l’âme ?

Faut-il pour autant considérer que la science est proche de démontrer l’inexistence de l’âme ou de la survie après la mort ? On n’en est pas encore là, et il reste encore une part de mystère, notamment pour les cas d’expériences de mort imminente et de « sortie hors du corps ».

Dans ces deux situations, la conscience ne semble plus liée aux fonctions corporelles. Illusion ? Certains veulent garder l’esprit ouvert, comme l’équipe de l’université de Southampton, qui a publié, en 2014, une large étude sur les expériences mentales liées à la mort. Ou encore les scientifiques canadiens, qui ont étudié le cas d’une femme capable de vivre des expériences « hors du corps ».

Alors, la science va-t-elle finir par décortiquer la conscience et piétiner le concept d’âme ? Peut-être, mais il y a encore beaucoup de scientifiques croyants. Une contradiction ? On peut très bien imaginer que si la conscience se manifeste par des effets physiques, ceux-ci ne sont pas forcément à son origine.

Comme un vague à l’âme

Le spécialiste de la théorie des cordes Edward Witten, estime que la conscience restera un mystère pour la science.

« Je tends à penser que la manière dont fonctionne le cerveau conscient sera en grande partie élucidée. Les biologistes et peut-être les physiciens comprendront bien mieux comment le cerveau fonctionne. Mais pourquoi ce que nous appelons conscience va avec ce fonctionnement, je pense que cela restera mystérieux ».

La science n’est pas encore assez avancée dans le domaine de la conscience pour qu’il y ait une véritable confrontation avec la spiritualité… À l’inverse de certaines découvertes qui ont ringardisé des enseignements religieux (la Terre tourne autour du Soleil, le Darwinisme contre le créationnisme…).

Mais au fil des progrès de la neurologie et de la physique, on ne peut s’empêcher d’être pris d’une sorte de vague à l’âme.


Source : leplus.nouvelobs.com

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