Tandis qu’une armée de scientifiques et de généticiens cherchent à découvrir les mystères ultimes de l’ADN, un biologiste britannique controversé explique comment notre anatomie et nos pensées sont reliées à l’univers par des forces mystiques et imperceptibles.

Contrairement à la compréhension mécaniste des processus biologiques, le biologiste et auteur Rupert Sheldrake pense que les gènes ne sont pas le facteur déterminant la forme des êtres vivants. De la même façon qu’une graine ne contient pas d’arbres microscopiques dans son intérieur, l’auteur de « Une nouvelle science de la vie » maintient que les gènes ne sont pas capables de maintenir l’information nécessaire pour la création végétale, animale, ou l’anatomie humaine.

Mais pour comprendre les idées non conventionnelles de Sheldrake, il peut être nécessaire de repenser l’origine de notre univers : le Big Bang.

Selon Sheldrake, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, l’univers a acquis certaines caractéristiques tout en en perdant d’autres. Avec le temps, ces caractéristiques se sont développées comme une abondance de mémoires incorporées, ou comme certains pourraient dire, des « lois de la nature ».

Mais cette idée n’est pas avant-gardiste et n’appartient pas exclusivement à la biologie holistique, elle avait cours bien avant Sheldrake.

Dans son livre «  Life and Habit », Samuel Butler a suggéré que les instincts animaux, la formation de l’embryon et même les cristaux, les atomes et les molécules devraient venir d’une forme de mémoire inhérente. Par exemple, le mouvement d’un atome est indépendant de toute intention humaine. Lorsque les protons, les neutrons et les électrons tournent, la mémoire inhérente fera ce qu’elle sait depuis des millénaires : assembler ces composants en un atome. Ces lois de la nature comme l’interaction forte, l’électromagnétisme et ainsi de suite, s’assembleraient inévitablement pour unir cet atome.

En poursuivant ce raisonnement, Sheldrake a transféré le même exemple à l’une des plus grandes énigmes de la biologie contemporaine, pour laquelle les scientifiques n’ont pas beaucoup manifesté d’intérêt : Comment les organismes grandissent et se développent-ils depuis l’état primordial ? Comment des plantes poussent-elles des graines ? Comment les embryons se développent-ils à partir de cellules fertilisées ?

Au XVIIe siècle, la théorie mécaniste a supposé qu’un mécanisme valide de succession était celui d’un petit arbre contenu dans sa graine (le gland).

De cette façon, la seule chose dont avait besoin le gland était de recevoir de l’eau, du soleil et d’autres ressources pour se développer. Mais cette idée a amené un autre dilemme : si un petit chêne était contenu dans le gland, cela voudrait dire que les futurs glands à venir destinés à pousser sur ce chêne seraient déjà formés. Et à l’intérieur de ces glands, de plus petits chênes, et à l’intérieur de ceux-ci… ad infinitum.

«  La plupart des biologistes prennent pour acquis que les organismes vivants ne sont rien d’autres que des machines complexes, seulement gouvernés par les lois de la physique et de la chimie. Je partageais moi-même ce point de vue. Sur une période de plusieurs années, j’en suis pourtant venu à voir qu’une telle hypothèse est difficile à justifier. Quand si peu est en fait compris, il y a une possibilité ouverte qu’au moins une partie du phénomène de la vie dépende de lois ou de facteurs encore méconnus par les sciences physiques », écrit Sheldrake dans « Une nouvelle science de la vie ».

Entre l’ADN et l’âme

Les théories controversées de Sheldrake ne sont donc pas nouvelles. Les aristotéliciens et les platoniciens ont déjà proposé quelque chose de semblable. Les premiers maintiennent que toutes les espèces ont leur propre type d’âme – la véritable forme du corps. Par exemple, l’âme d’un chêne contient un chêne en devenir, comme un moule possède une forme. En convergeant avec le raisonnement moderne, Sheldrake suggère que cela veut dire que l’ADN possède un « plan en trois dimensions de l’organisme », attribué à des propriétés qui ne sont pas vérifiées. « Nous savons ce que fait l’ADN », écrit Sheldrake dans son journal, Psychological Perspectives. « Il code les protéines ; il code la séquence d’acides aminés qui forme les protéines. Il y a cependant une grande différence entre l’encodage de la structure d’une protéine – un constituant chimique de l’organisme – et la programmation du développement d’un organisme entier. C’est la différence entre fabriquer des briques et construire une maison avec ces briques. »

Les scientifiques travaillant dans la génétique savent depuis des années qu’une molécule d’ADN code seulement la structure des briques avec lesquelles le corps acquiert sa forme et ses fonctions. Mais à partir de là, savoir comment les cellules spécialisées de l’œil, du pancréas, ou comment les nerfs « savent » où continuer de se former reste le mystère le plus profond. «  L’ADN ne code que les matériaux avec lesquels le corps est construit : les enzymes, les protéines structurales et ainsi de suite. Il n’y a pas de preuve qu’il code aussi le plan, la forme et la morphologie du corps », partage Sheldrake.

Les biologistes contemporains maintiennent que le positionnement anatomique de l’embryon à l’âge adulte dépend de modèles complexes d’interactions physico-chimiques, mais admettent que ce processus n’est pas encore entièrement compris. Néanmoins, selon Sheldrake, cela donne du crédit à une théorie qui n’a pas encore été démontrée. Ainsi, ce n’est pas vraiment un argument objectif ; c’est simplement une déclaration de foi.

Par conséquent, le professeur Sheldrake ne baisse pas sa garde en promouvant le changement dans nos concepts du réductionnisme scientifique vers une mentalité plus « holistique ». Avec de la chance, nous ne continueront pas comme au XVIIe siècle, en proposant que chaque couche d’un chêne a en lui un petit gland. Espérons ne pas continuer de répéter ce cycle de négation, de débats inutiles et d’acceptation tardive… ad infinitum.

Version anglaise : The World of Rupert Sheldrake, Part I


« Nous pouvons, bien sûr, simplement regarder l’origine de l’univers et la créativité à l’intérieur comme un mystère impénétrable et le laisser comme cela. Si nous choisissons de regarder plus loin, nous nous trouverons en présence de plusieurs anciens courants de pensée sur la source créatrice ultime… L’Un, Brahma, le Vide, le Tao, l’étreinte éternelle de Shiva et Shakti, ou la Sainte Trinité.

Dans toutes ces traditions, nous arriverons bientôt aux limites de la pensée conceptuelle, et également à la reconnaissance de ces limites. Seuls la foi, la contemplation, l’illumination ou la grâce de Dieu peuvent nous amener au-delà. »

– Dr. Rupert Sheldrake, « La Présence du Passé ».

Lorsqu’un scientifique travaillant dans un laboratoire dans n’importe quelle partie du monde essaie de synthétiser un nouveau type de cristal, ils remarquent souvent à quel point cette tâche peut devenir difficile. Et pourtant à chaque fois qu’un scientifique arrive à le faire, ses collègues autour du monde semblent réussir assez rapidement leurs propres synthèses du composé chimique. En fait, à chaque fois que le composé en question est cristallisé, la procédure devient plus facile et rapide pour les occasions ultérieures.

Ce curieux phénomène, connu par les scientifiques du monde entier comme « l’hypothèse du chimiste barbu migrant », est l’un des phénomènes les plus incompréhensibles pour les scientifiques modernes. Le nom provient de l’explication la plus rationnelle du phénomène : dans le laboratoire où se déroule la première synthèse, des particules du composé restent accrochées dans la barbe, les vêtements ou tout autre effets personnels d’un scientifique, qui en voyageant dans un laboratoire voisin laisse des quantités en traces du nouveau composé dans la pièce, le banc, ou tout autre endroit où les particules étrangères servent de référence pour la nouvelle cristallisation.

Mais cette hypothèse pose un problème : que se passe-t-il lorsque le composé est synthétisé directement après la première synthèse, lorsque l’un de ces « scientifiques barbus » ne prend pas l’initiative de voyager d’un endroit à l’autre ? Une autre réponse, aussi géniale que la première, suggère que les particules de cristal peuvent voyager d’un endroit à l’autre par des voies aériennes. Pour faire court, cette explication dépend d’un phénomène miraculeux.

Rupert Sheldrake, le docteur en biologie controversé de Cambridge, affirme que ni des voyageurs barbus ni des miracles ne sont nécessaires pour expliquer ce phénomène. Pour Sheldrake, ce phénomène, ainsi que d’autres du même genre – qui semblent maintenant incompréhensibles selon la compréhension de la biologie conventionnelle – peuvent être expliqués en nous introduisant dans l’univers des « champs morphiques ».

Que sont les champs morphiques ? Pensez à l’expérience impliquant un macaque sur l’île japonaise de Koshima, qui a attiré l’attention des biologistes du monde entier vers la fin des années 1950. En 1952, un groupe de scientifiques des îles nourrissaient les singes avec des patates douces. Lorsqu’ils ont remarqué qu’une des femelles se nommant « Imo » a commencé à prendre l’habitude de laver ses patates douces dans la rivière, ils ont été surpris de voir à quelle vitesse ses camarades singes ont appris à laver la boue et le sable des patates douces avec de l’eau. Par la suite, ce phénomène a pris une tournure spectaculaire lorsque les scientifiques ont remarqué qu’en six ans, les singes sur le territoire japonais métropolitain (qui n’ont eu aucun contact avec ceux de l’île) ont également commencé à laver leurs patates avant de les manger.

Pour Sheldrake, le comportement des singes de Koshima et du phénomène apparemment sans lien avec le phénomène de cristallisation simultanée dans différents laboratoires autour du monde relèvent du même principe. Si chaque événement, action, ou formes de créations renforcent une sorte de « mémoire inhérente » dans l’espace de l’univers, cela pourrait altérer un autre événement donné dans un temps futur, impliquant des événements similaires. Cela voudrait dire que, si l’action d’un singe lavant des patates vient d’un modèle ou « champ morphique » pré-existant dans l’univers, lorsque le second singe le ferait, cette action apparaîtrait plus « instinctive » pour cette espèce. Si d’autres singes se mettaient donc à l’essayer, le champ morphique correspondant de « laver des patates » serait donc utilisé une fois de plus pour renforcer cet acte. De cette façon, un singe n’ayant pas été en contact physique avec d’autres singes pourrait toujours connecter son comportement avec ses pairs à travers ce champ universel. De la même façon, un composé chimique absent d’un champ morphique à un moment, se montre bien plus difficile à cristalliser qu’un autre dont le champ morphique a déjà été établi.

Pour le dire autrement , le comportement de n’importe quel élément dans l’univers – qu’il soit animal, végétal ou minéral (comme cela a été démontré avec les cristaux) crée une sorte de mémoire résonnante pouvant être transmise aux mêmes éléments ou similaires.

En effet, plus un élément est semblable à un autre (deux animaux de la même espèce) plus il est facile pour le champ morphique d’être transmis entre les éléments. «  Chaque individu est attiré et contribue à la mémoire collective de l’espèce. Cela veut dire que des nouveaux modèles de comportement peuvent se répandre plus rapidement qu’il ne le leur serait possible autrement. Par exemple, si des rats d’une certaine race apprennent un nouveau tour à Harvard, les rats de cette race tout autour du monde pourraient alors apprendre le même tour plus rapidement, disons à Édimbourg et à Melbourne », écrit Sheldrake dans son article intitulé « Morphic Fields and Morphic Resonance ».

Des expériences illustrant ce principe ont en effet été conduites en de nombreuses occasions. Un exemple est l’expérience classique du Dr William McDougall.

McDougall mesurait l’intelligence de différents rongeurs à franchir un labyrinthe. Les rats catalogués comme « intelligents » se sont reproduits entre eux et les rats « stupides » ont fait de même séparément.

Les lignées stupide et intelligente ont été séparées et isolées, et les expériences ont continué pendant plus de 50 ans – commençant à l’Université d’Harvard et continuant en Écosse et en Australie. Le résultat final a été surprenant et significatif : à dix, vingt et plus n générations successives dans le futur, les rats des des lignées sont devenus de plus en plus rapides pour franchir le labyrinthe, sans avoir été exposés à l’épreuve auparavant. Les rats stupides aussi bien que les intelligents ont été capables de passer l’épreuve dix fois plus rapidement que les rats originaux. Encore aujourd’hui, il n’y a pas de théorie pouvant explique ce phénomène mis à part celle des « champs morphiques ».

Les scientifiques semblent avoir du mal à expliquer l’étrange comportement des rats, des singes de Koshima ou de la cristallisation simultanée de nouveaux composés chimiques, mis à part Rupert Sheldrake. Qu’on y croit comme une vérité ou un mensonge, fantastique ou réel, le domaine des sciences holistiques ne semble pas avoir atteint sa pleine capacité, dans un monde où la « méthode scientifique » règne en maître sur la pensée générale.

Version anglaise : The World of Rupert Sheldrake, Part II

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