Stupéfiant Physarum : cette sorte de cellule géante, sans système nerveux, sait apprendre et se souvenir, comme l’avait montré une équipe du CNRS. Laquelle nous explique maintenant que cet organisme peut aussi transmettre ses connaissances à un congénère.


Il n’a pas de cerveau et il s’agit d’un être unicellulaire primitif, apparu sur Terre il y a entre 1 milliard et 500 millions d’années! Pourtant, le Physarum polycephalum est non seulement capable d’apprendre, ce qui avait été démontré en avril dernier, mais aussi de transmettre cet apprentissage à ses congénères. Telle est la démonstration étonnante conduite par des chercheurs du CNRS de l’université Paul-Sabatier à Toulouse, publiée le 21 décembre dans Proceedings of the Royal Society B. Explication.

On l’appelle blob car on ne sait pas trop comment nommer cette masse colorée qui s’étale en forêt sur plusieurs mètres carrés, recouvrant des branches entières. On dit que c’est un « protiste » car les biologistes, sans bien savoir où le classer, constatent qu’il n’a qu’une cellule. Mais c’est la plus grande du monde et elle possède d’innombrables noyaux. Il a été appelé « myxomycète » – littéralement champignon gélatineux – car son corps est mou. Mais ce n’est pas un champignon. Ni une plante. Ni un animal. Physarum, un genre qui se compose d’un millier d’espèces, c’est… autre chose. D’ailleurs, il n’est pas soit mâle soit femelle mais il a le choix entre 221 sexes, il est immortel et même découpable.

Pour tout savoir sur lui, ne ratez pas cette présentation d’Audrey Dussutour, chercheuse CNRS à l’université Paul Sabatier, à Toulouse, effectuée sur scène pour une conférence TedX, que nous présentons ici. C’est elle, avec son collègue David Vogel, qui avait déjà découvert comment Physarum polycephalum est capable d’apprendre. À force d’entraînement, ces « protistes » traversaient des zones enduites de quinine ou de caféine, des substances qu’ils évitent à l’ordinaire comme évoqué dans l’article plus bas.

Quand deux blobs fusionnent, l’un enseigne à l’autre

Cette fois, les deux chercheurs sont allés un cran plus loin, comme ils le décrivent dans un article publié dans Proceedings of Royal Society et présenté dans un communiqué du CNRS. Ils ont enseigné à 2.000 blobs qu’ils pouvaient traverser sans danger une surface recouverte de sel, un répulsif pour les Physarum. Ce sont les « expérimentés ». Puis ils ont fusionné ces blobs à deux mille autres qui n’avaient, eux, rien appris. Ce sont les « naïfs ». Les Physarum, en effet, peuvent fusionner pour ne plus former qu’un seul organisme, réunis, dans un premier temps, par un pont. Trois types de paires ont été formées : avec deux expérimentés, un expérimenté et un naïf, deux naïfs.

Résultats : les paires expérimentés-naïfs traversaient allègrement la zone salée, aussi rapidement que les paires expérimentés-expérimentés. L’information sur l’apprentissage semblait donc être passée d’un individu à l’autre après leur fusion. Plus précisément trois heures après la réunion des deux organismes. En effet, pour vérifier ce transfert, les biologistes ont séparé des paires (n’oublions pas qu’un blob peut être découpé à loisir) un certain temps après la fusion. Les naïfs qui avaient eu moins de trois heures de fusion avec un expérimenté évitaient le sel, comme s’ils n’avaient pas appris la leçon.

À partir de trois heures, en revanche, les naïfs ne l’étaient plus et n’avaient pas peur du sel. Or, l’observation a montré la formation d’une sorte de veine au niveau de la région de fusion des deux cellules, qui s’opérait, justement, en trois heures. « Quelque chose » passe par là, qui est le support de cette information.

Quel est ce support ? On l’ignore… Ce sera la suite du travail de ces biologistes, qui vont aussi effectuer des apprentissages croisés entre A, qui a appris à ne plus éviter la quinine, et B qui sait maintenant supporter le sel. Les Physarum ont encore des secrets à nous révéler. Et aussi sans doute des idées à nous offrir, puisqu’il y a dix ans, d’autres scientifiques avaient confié à l’un de ces blobs le pilotage d’un robot.


Sources: futura-sciences.com / lefigaro.fr

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