Le président Barack Obama, qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2009, quittera ses fonctions dans quelques semaines avec la satisfaction d’avoir vendu plus d’armes que tout autre président américain depuis la Seconde Guerre Mondiale. Hélas, les experts estiment que Donald Trump pourrait en vendre encore davantage une fois qu’il aura pris ses fonctions.

Sur la période allant de 2008 à 2015, les ventes d’armes au Moyen-Orient auront rapporté 200 milliards de dollars aux Etats-Unis, selon un rapport du Congressional Research Service américain publié en décembre. Ce rapport, produit par une agence gouvernementale non partisane rattachée à la Bibliothèque du Congrès, a fait l’inventaire des armes vendues (dont des missiles anti-aériens, des chars et des avions de combat supersoniques).

Le rapport, qui s’est concentré sur les ventes d’armes aux pays en développement, a révélé que l’Arabie saoudite avait investi près de 94 milliards de dollars dans l’armement sur la période 2008-2015, ce qui en fait le principal importateur d’armes. Sous l’administration Obama, les ventes totales (comprenant la livraison d’équipement et la formation de troupes) à l’Arabie saoudite seul ont atteint les 115 milliards de dollars.

L’Arabie saoudite est le fer de lance d’une coalition de pays arabes qui se sont lancés dans une campagne de bombardement savamment orchestrée contre les milices insurgées Houthi au Yémen, qui ont pris la capitale Sanaa en septembre 2014. Les Etats-Unis ont envoyé des forces spéciales pour soutenir cette coalition. Cette guerre rampante a déjà causé la mort de plus de 10 000 personnes, fait 2.2 millions de réfugiés, et plongé un demi-million d’enfants dans la famine.

En début d’année, les États-Unis ont décidé l’interrompre les ventes « d’armes intelligentes », qui sont censées frapper des cibles spécifiques et minimiser les dommages collatéraux, dans les États arabes du Golfe (en invoquant des décès civils au Yémen). Mais les experts estiment que cette déclaration ne dissuadera pas l’Arabie Saoudite d’intervenir dans les conflits régionaux d’une manière ou d’une autre.

« Pour être honnête, il s’agit d’une sanction mineure et temporaire. Je ne vois pas en quoi elle pourrait avoir des conséquences importantes. C’est une mesure symbolique avant tout », explique Cole Bockenfeld, directeur adjoint du Project on Middle East Democracy.

Ce dernier souligne également que les États-Unis ont suspendu l’aide militaire à l’Egypte après que l’armée a renversé le gouvernement en juillet 2013 ; pour lui, cela marque une absence criante de volonté politique au sein de l’administration Obama en matière de relations avec les pays alliés. Le rapport du Congrès, Conventional Arms Transfers to Developing Nations 2008-2015, note que l’Egypte était le principal destinataire des livraisons d’armes américaines l’année dernière, à hauteur de 5,3 milliards de dollars.

« Augmenter les ventes d’armes est devenu un levier standard de la diplomatie, à tous les niveaux de gouvernance. »

Bien que le marché mondial des armes, très lucratif, ait plongé en 2015 (80 milliards de dollars, contre 89 milliards de dollars en 2014), les États-Unis se classent toujours au premier rang des ventes d’armes, avec 40 milliards de dollars de ventes actées par an.

« Ce qui a changé avec l’administration Obama, c’est que l’augmentation des ventes d’armes est devenue un levier standard de la diplomatie, à tous les niveaux de gouvernance, et pas seulement au sein du département de la défense », a déclaré Bockenfeld à Motherboard. « Aujourd’hui les diplomates américains sont aussi des commerciaux, et cela a contribué à augmenter le volume des exportations. »

La Russie reste le principal concurrent des États-Unis puisqu’il détient environ 20% des parts du marché. Son client le plus important est l’Inde, deuxième importateur d’armes derrière l’Arabie saoudite, avec 34 milliards de dollars de contrats sur une période de sept ans. Puis viennent des pays d’Amérique latine, comme le Venezuela.

Sous Poutine, la Russie a affermi son empreinte militaire sur le Moyen-Orient en soutenant le régime de Bashar Al Assad en Syrie, chassant les rebelles soutenus par le Qatar et l’Arabie saoudite d’Alep, et faisant de nombreuses victimes civiles. Il a été accusé d’utiliser des armes incendiaires telles que le TOS1A et le BETAB-500, qui brûlent gravement leurs victimes et ont permis de discipliner des régions entières de l’est d’Alep.

Tandis les guerres par procuration entre l’Arabie Saoudite et l’Iran (et impliquant la Syrie et le Yémen) continuent de dévaster la région, il n’existe aucun signe d’une démilitarisation prochaine. Le Qatar a signé une série de contrats d’achat d’armes à raison de plus de 17 milliards de dollars l’année dernière, et a promis de continuer à soutenir les rebelles même si le président Donald Trump retire son appui militaire.

Trump a récemment fustigé la firme de défense Lockheed Martin pour son programme de chasseurs F-35 de 400 milliards de dollars, arguant qu’il s’agissait de dépenses « déraisonnées » sur Twitter ; cependant, Bockenfeld ne voit aucun changement majeur en vue avec l’arrivée de l’administration Trump.

« Je m’attends à ce que les exportations d’armes américaines augmentent sous Trump », a-t-il déclaré. « Je pense que l’utilisation des ventes d’armes comme levier politique sera encore plus prégnante dans les années à venir. »

 


Source : motherboard.vice.com

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