Environ 10% des patients réanimés avec succès après un arrêt cardiaque rapportent avoir vécu de troublantes expériences.


Passer de l’autre côté du miroir et revenir. Certaines personnes qui ont frôlé la mort rapportent de bien étranges histoires de leur voyage dans l’entre-deux-mondes: des visions d’une «lumière blanche» au bout d’un tunnel, l’impression d’être sorti de son propre corps… Ces expériences de mort imminente (NDE, pour Near Death Experience) intriguent autant qu’elles fascinent. «Chez les malades qui ont fait un arrêt cardiaque et que nous sommes parvenus à réanimer, nous recevons assez peu de témoignages de la sorte, note Laurent Suppan, médecin-chef de clinique au Service des urgences des HUG. La plupart du temps, les patients se trouvent plutôt dans un état confus, avec peu de souvenirs. Ils se rappellent du moment avant leur évanouissement puis décrivent un grand blanc. Une vraie coupure.»

Pour autant, les expériences de mort imminente existent bel et bien. En 2001, le cardiologue Pim Van Lommel a interrogé 344 personnes réanimées après un arrêt cardiaque. Ses travaux, publiés dans la prestigieuse revue The Lancet, montrent que 12% d’entre elles rapportent une expérience de mort imminente. Depuis, d’autres études ont confirmé qu’environ 10% des personnes réanimées avec succès subissent une NDE.

Pour mieux comprendre ce phénomène, Sylvie Dethiollaz, docteur en biologie moléculaire, a fondé en 1999 le Centre Noêsis, devenu l’Institut suisse des sciences noétiques. «A l’époque, les gens qui s’intéressaient à cette question étaient pris pour des fous, sourit Sylvie Dethiollaz. Mais devant le nombre de témoignages et la médiatisation croissante, les mentalités commencent à changer.» Désormais, même des scientifiques de renom se penchent sur la question, comme le professeur Steven Laureys, directeur du Coma Science Group à l’Université de Liège. En 2013, ce neurologue a comparé la mémoire de patients ayant vécu une NDE à celle de volontaires sains. Les résultats, publiés dans la revue PlosOne, furent surprenants: non seulement le souvenir d’une NDE correspond bien à celui d’un événement qui s’est passé – et non à celui d’un fait imaginé – mais en plus il possède davantage de caractéristiques phénoménologiques. Pour ceux qui les vivent, les NDE seraient donc, en quelque sorte, plus réelles que la réalité.

A Genève, Sylvie Dethiollaz, qui a recueilli 700 témoignages, n’est pas étonnée par ce résultat: «Lorsqu’elles reviennent après une mort imminente, beaucoup de personnes ont l’impression que le rêve, c’est ici, que la «vraie réalité» était là-bas.»

Une situation parfois difficile à vivre: «Ce retournement peut être terrible à affronter. Les personnes se sentent seules et démunies face à l’incompréhension générale.» L’Institut suisse des sciences noétiques apporte un soutien à ceux qui se retrouvent dans cette situation. «Ils ont besoin de parler», résume Sylvie Dethiollaz. Et leurs histoires se ressemblent souvent: «Il existe une sorte de canevas constant dans les NDE, à savoir la «décorporation» et la vision d’une lumière merveilleuse au bout du tunnel. Mais ensuite, le voyage est propre à chacun. Certains rencontrent des défunts, d’autres décrivent des paysages… Le tout ayant une tournure symbolique forte», détaille Sylvie Dethiollaz.

Mais si ces expériences sont souvent décrites comme merveilleuses, elles ne le sont pas toujours: «Dans 4 à 5% des cas, les visions se révèlent terrifiantes. Je me souviens d’une femme qui s’est retrouvée face à des masques monstrueux. Et plus elle reculait, plus ils grossissaient. Elle a finalement réalisé qu’elle se trouvait confrontée à ses propres peurs et a décidé de les affronter. Elle s’est approchée des masques et ils ont fini par disparaître. Ici, l’histoire se termine bien, mais pour d’autres, ce n’est pas le cas. Et ils passent ensuite le reste de leur vie persuadés qu’ils vont devoir repasser par là.»

Mais comment expliquer les NDE ? S’agit-il d’un aperçu de l’au-delà, d’une forme de conscience extracérébrale ou d’un phénomène physiologique? «Il existe plusieurs hypothèses, répond Sylvie Dethiollaz. Certains scientifiques estiment que les expériences de mort imminente seraient une hallucination provoquée par un manque d’oxygène dans le cerveau ou par les médicaments administrés lors des réanimations. D’autres estiment que la conscience n’est pas locale et qu’elle peut s’échapper du corps.»

Les travaux d’Olaf Blanke, professeur au Laboratoire de neurosciences cognitives à l’EPFL, apportent un début de réponse intéressant. En 2005, pour traiter l’une de ses patientes, atteinte d’épilepsie, ce chercheur a stimulé avec des électrodes une zone particulière de son cerveau – le lobe temporal droit. Les résultats, publiés dans la revue Neuroscience, montrent que cette activation a engendré chez elle des sensations d’élévation typiques des «décorporations» vécues lors des NDE.

En 2013, une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences est venue apporter un éclairage nouveau, en observant les encéphalogrammes de neuf rats en train de mourir. Sans surprise, les chercheurs ont enregistré un ralentissement de l’activité électrique du cerveau, mais parallèlement les oscillations gamma, associées à un haut degré de conscience, ont augmenté dans les 30 secondes suivant le décès. Pour les scientifiques, la mort cérébrale interviendrait après un «ultime hourra» qui pourrait être la source des NDE.

«Mais ces explications n’apportent pas de réponse à des cas plus troublants», note Sylvie Dethiollaz. Publiée en octobre 2014 dans la revue Resuscitation, l’étude AWARE, qui a suivi 2000 victimes d’arrêt cardiaque, rapporte ainsi le cas d’un patient qui serait parvenu à décrire à son réveil les faits et gestes de l’équipe médicale qui l’a ramené à la vie, alors qu’il était en état de mort clinique. D’autres travaux controversés affirment que des personnes ont pu, en état de «décorporation», voir des images présentes dans une autre pièce que celle où se trouvait leur corps. De quoi alimenter la controverse entre les tenants d’un matérialisme scientifique et ceux qui défendent une vision plus mystique des NDE.

Découvrez les dernières recherches docteur Jean-Jacques Charbonier, célèbre anesthésiste réanimateur, dans ce récent numéro d’octobre 2016 :

m2629
http://www.zepresse.fr/revue.php?id=218602

 


Source : tdg.ch

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