De nombreux résultats scientifiques montrent non seulement que l’hypnose fonctionne réellement, mais aussi quels sont les mécanismes neuronaux se cachant derrière son fonctionnement.

La controverse autour de l’hypnose et de son efficacité est presque aussi vieille que la technique elle-même. Cependant, aujourd’hui, cette controverse commence à se tarir puisque de nombreuses évidences scientifiques montrent non seulement que l’hypnose fonctionne réellement mais aussi quels sont les mécanismes neuronaux se cachant derrière son fonctionnement.

Aujourd’hui, l’existence de l’état d’hypnose ne fait plus aucun doute. Et comme l’explique Claude Touzet, spécialiste français de l’apprentissage tant automatique que biologique auteur de Hypnose, sommeil, placebo ? (1), nous sommes tous hypnotisables.

Scientifiquement, un état d’hypnose se caractérise par une attention ciblée nommée absorption (2) couplée à une dissociation (3) et une suggestibilité, soit le fait de devenir sensible aux instructions d’autres personnes (4).

Cependant la valeur thérapeutique de l’hypnose reste à établir. Bien qu’il soit difficile de mettre en place des protocoles de grande qualité méthodologique, puisqu’il semble pour le moment difficile de créer un témoin d’hypnose, de nombreuses études scientifiques se sont intéressées aux bases neurologiques de l’hypnose et à son intérêt, notamment, dans la prise en charge de la douleur.

Son utilisation, combinée avec une anesthésie locale ou une anesthésie légère, est validée par la Société française d’anesthésie et de réanimation (5). En avril 2000, les résultats d’une étude menée à Boston par le professeur Lang montraient les effets bénéfiques de l’hypnose sur 241 patients volontaires (6). L’étude démontre en effet les effets positifs de l’hypnose sur la douleur des patients, leur stress, leur consommation de médicament, la fréquence des complications ou la durée des interventions.

Plus récemment, en 2014, une méta-analyse a évalué l’intérêt de l’hypnose en chirurgie. Les conclusions restent très prudentes et «reconnaissent les avantages de l’hypnose» mais souligne que «la qualité des preuves d’un effet bénéfique a été jugée comme faible ou peu claire dans la majorité des essais considérés» (7). Mais si les effets positifs de l’hypnose dans la prise en charge de la douleur et du stress sont aujourd’hui démontrés, et relativement bien compris neurologiquement parlant, son efficacité reste à établir dans d’autres domaines. Par exemple, l’hypnose n’a pas montré, à ce jour, suffisamment de preuves pour permettre de conclure qu’elle faciliterait l’arrêt du tabac (8).

De plus, comme le rappelle Elisa Brune, journaliste scientifique, auteure notamment de De la transe à l’hypnose (9), «L’hypnose est couramment et de plus en plus utilisée en thérapie, mais il ne faudrait pas la confondre avec une thérapie».

L’hypnose n’est donc pas efficace qu’en théorie, cependant il faudra encore beaucoup de temps avant de démontrer scientifiquement son efficience dans l’ensemble des domaines (très nombreux) où elle semble applicable.

Article de Armance Gelaude initialement publié sur liberation.

 


(1) Hypnose, sommeil, placebo ? Les réponses de la théorie neuronale de la cognition,tome 2, Ed. la Machotte, 2013.

(2) Tellegen A., Atkinson G., 1974. Openness to absorbing and selfaltering experiences («absorption»), a trait related to hypnotic susceptibility. J Abnorm Psychol. 83:268–277.

(3) Elkins G.R., Barabasz A.F., Council J.R., Spiegel D., 2015. Advancing research and practice : The Revised APA Division 30 definition of hypnosis. Int. J. Clin Exp Hypn. 63:1–9.

(4) Spiegel D. 2004. Commentary on «Meta-analysis of the effects of psychosocial interventions on survival time and mortality in cancer patients» by Geir Smedslund and Gerd Inger Ringdal. J Psychosom Res. 57:133–135

(5) «L’utilisation de l’hypnose par les anesthésistes-réanimateurs», Sfar.

(6) E. Lang et al., «Adjunctive non pharmacological Analgesia for invasive medical procedures : A randomised trial», The Lancet, vol. CCCLV, 29 avril 2000.

(7) «Efficacy of hypnosis in adults undergoing surgery or medical procedures : A meta-analysis of randomized controlled trials», S. Tefikow et al. Clinical Psychology Review 33 (2013) 623–636.

(8) «Does hypnotherapy help people who are trying to stop smoking ?» Méta-analyse de la collaboration Cochrane.

(9) De la transe à l’hypnose. Récit de voyage en terrain glissant, éd. Bernard Gilson, 2006.


 

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