La scientifique ukrainienne Nataliya Kosmyna fait voler un drone avec son esprit à l’université des sciences à Rennes, le 1er décembre 2016.


Diriger un fauteuil roulant électrique ou un drone, sans interrupteur ni télécommande, rien qu’avec la pensée… Grâce à ses travaux, la chercheuse ukrainienne Nataliya Kosmyna vient bousculer, à 26 ans, l’univers des sciences et de la domotique.

Fille de neurologue, bachelière à 15 ans et fraîchement titulaire d’un doctorat en informatique, Nataliya Kosmyna est de ceux à qui l’avenir tend les bras. Maquillée, habillée avec élégance, la jeune femme qui effectue un post-doctorat à l’Inria de Rennes, un institut de recherche public dédié aux sciences du numérique, ne semble jamais se départir de son large sourire.

Depuis plusieurs mois, cette spécialiste de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement de l’interaction cerveau/ordinateur, affole les médias. Et pour cause. Pendant sa thèse à Grenoble, elle a montré comment, grâce à un casque muni d’électrodes, on pouvait piloter un drone « par la pensée » grâce aux signaux électriques émis par le cerveau. De quoi faire saliver les amateurs de science-fiction.

Arrivée en France en 2010, grâce à une bourse, en ne sachant dire que deux mots, Nataliya Kosmyna parle aujourd’hui français à toute vitesse, dans un langage scientifique élaboré. Elle s’apprête à postuler comme maître de conférences.

La jeune femme est originaire de Zaporojie, à 200 km à l’ouest de Donetsk, qui fut le théâtre de combats acharnés avant de passer sous contrôle des rebelles pro-russes. Mais de sa vie en Ukraine, elle ne dira pas grand-chose, hormis qu’elle a grandi au milieu « de cartes du cerveau ».

La scientifique ukrainienne Nataliya Kosmyna fait voler un drone avec son esprit à l'université des sciences à Rennes, le 1er décembre 2016-AFP/LOIC VENANCE

Plutôt que de devenir médecin, comme le souhaitait sa mère, Nataliya, qui a reçu son premier ordinateur à l’âge de sept ans, s’oriente vers l’informatique. « En licence, il n’y avait que deux filles pour 26 garçons », se souvient celle qui vient de recevoir la bourse « L’Oréal-Unesco pour les Femmes et la Science ».

Construction d’un langage

« Je suis venue en France pour découvrir un autre monde. A l’époque, je ne savais pas que l’on pouvait contrôler des objets par la pensée », explique-t-elle à l’AFP.

C’est lors de sa première année de master à Grenoble que Nataliya apprend l’existence de recherches sur les « interfaces cerveau/ordinateur » (ICO). Les premiers essais chez l’homme datent des années 1990, mais les ICO sont toujours en cours de développement, compte tenu notamment des difficultés du traitement du signal électrique émis par le cerveau. « Quand j’ai vu que les compétences requises en programmation étaient classiques, j’ai postulé », poursuit-elle.

C’est là qu’elle décide de répliquer l’expérience d’un drone piloté « par la pensée ». Le principe ? Enregistrer sur ordinateur l’activité électrique du cerveau d’une personne lorsqu’elle imagine bouger ses deux mains pour faire décoller un drone ou le faire atterrir, grâce à un casque encéphalographique. Il faut ensuite « entraîner le logiciel » à reconnaître ces signaux puis les associer à des commandes.

Une expérience similaire avait déjà été menée en 2011 aux États-Unis, mais Nataliya Kosmyna a élaboré un nouvel algorithme qui permet de réduire considérablement le temps de préparation nécessaire pour piloter le drone.

La chercheuse s’est également intéressée aux jeux vidéo.

La scientifique ukrainienne Nataliya Kosmyna fait voler un drone avec son esprit à l'université des sciences à Rennes, le 1er décembre 2016-AFP/LOIC VENANCE

« Vous jouez, un zombie apparaît et vous recevez une arme sans rien faire. J’enregistre vos pensées quand vous recevez l’arme. Puis un autre zombie apparaît, vous repensez à l’arme et si les signaux sont plus ou moins les mêmes, je vous donne une arme », explique-t-elle.

Mais c’est sur ses expériences dans un appartement bourré d’objets connectés que Nataliya compte travailler à l’avenir, afin d’améliorer l’autonomie des personnes handicapées.

Imaginer une ampoule pour allumer une lampe, une télé pour allumer une télé… L’idée a l’air simple, mais comme tous les chercheurs qui planchent sur le sujet, Nataliya rappelle que les obstacles sont « nombreux » avant d’envisager une commercialisation.

« Même si on entraîne le système à connaître votre activité électrique, il va commettre des erreurs », explique-t-elle. Avant d’ajouter: « Si on a 75% de réussite c’est déjà pas mal pour les personnes très dépendantes, on en est vraiment au début de la construction d’un langage. »


Source : sciencesetavenir.fr

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