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Il y a quelques jours, la Central Intelligence Agency (CIA) a déclassifié environ 13 millions de pages de documents sous une pression citoyenne soutenue par un organisme spécialisé dans les demandes d’accès aux informations publiques. Une stratégie qui s’est avérée payante.


Plus de 900 000 entrées et 12 millions de pages de documents déclassifiés.

En février dernier, le journaliste américain Michael Best a lancé une campagne de crowdfunding sur Kickstarter, souligne la BBC. En 30 jours, il a récolté plus de 15.000 dollars afin de pouvoir se rendre dans le Maryland, imprimer et scanner les fonds pour les publier sur Internet.

« L’accès à cette collection historiquement significative n’est plus limité par la géographie », s’est félicité dans un communiqué Joseph Lambert, le directeur de l’information à la CIA, rapporte le New York Times.

Parmi les archives de la CIA, des documents sur des crimes nazis, l’opération Gold à Berlin pendant la guerre froide ou encore sur les opposants du régime du Shah d’Iran à la fin des années 70. Des documents plus insolites figurent aussi dans cette base de données, comme un rapport sur une cure de spiritualisme au Mexique, le mode d’emploi pour fabriquer de l’encre invisible ou un rapport sur le « Project Stargate » – un ensemble d’expériences sur la vision à distance.

Comment l’organisme MuckRock, son avocat et un citoyen engagé ont-ils réussi à pousser les services secrets américains à publier l’intégralité de leur base de données de dossiers déclassifiés remontant aux années 1940, à la guerre du Vietnam ou encore à la guerre froide ?

En théorie, la base de données CREST contenant des documents « inestimables d’un point de vue historique » et conservée aux Archives nationales de College Park, dans le Maryland, a été déclassifiée en 1995 à la suite d’une ordonnance de Bill Clinton, l’ancien Président des États-Unis. Mais pour limiter la consultation de ces documents, ceux-ci n’étaient accessibles que sur quatre ordinateurs fixes sur le site des archives et à des horaires très restreints. De plus, sur son site web, la CIA précisait que les visites aux archives « peuvent être gênantes et dissuasives pour les chercheurs ».

C’est alors une stratégie en deux temps qui a été mise en place pour pousser l’Agence à rendre ces documents totalement publics. D’abord, en juin 2014, c’est MuckRock, « un organisme à but non lucratif qui aide les personnes à déposer des demandes d’accès aux informations publiques (Freedom of Information Act) », qui a poursuivi la CIA en justice pour avoir rendu sa base de données « techniquement publique, mais en pratique largement inaccessible ». L’organisme était représenté par Ken McClanahan, avocat auprès des National Security Counselors, un groupe spécialisé en droit à la transparence.

Dans le même temps, un citoyen utilisateur de MuckRock, Michael Best, a mis la pression à la CIA au travers d’un projet citoyen. Le principe : passer des centaines d’heures aux Archives pour imprimer, numériser et télécharger des documents afin de les rendre accessibles au public. Il a alors profité d’une faille, la CIA ne fait pas payer les photocopies et les numérisations.

Durant son opération de grande ampleur, la CIA perdait alors de l’argent pendant que le procès se poursuivait. Au départ, l’Agence estimait qu’il fallait environ 28 ans à une personne pour télécharger l’ensemble des documents, mais une révision de l’estimation a ramené cette dernière à environ six ans. Finalement, elle a cédé et annoncé en octobre qu’elle allait publier les documents en ligne dès que possible.

« Nous espérions que la pression financière et la mauvaise publicité finiraient par pousser la CIA à publier elle-même ces documents. Le but était d’avoir recours au droit, mais surtout, de faire de la mise à disposition des archives une commodité pratique : l’inéluctabilité de la publication a obligé l’agence à prendre les choses en main », explique Michael Best dans un billet de glomardisclosure.

Depuis mardi 17 janvier, l’ensemble de ces documents est disponible en ligne, en suivant ce lien.

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Un schéma d’une « soucoupe volante » établi à partir de photographies concordantes prises dans plusieurs pays.

Le CREST permet donc d’accéder en ligne à des documents (parfois) passionnants. Certes la recherche est fastidieuse (le dossier Stargate, c’est 624 pages web, soit plus de 8 000 dossiers pdf) mais elle permet d’accéder à des « perles » parfois drôles, parfois beaucoup risibles (comme cette fiche technique sur les pressions psychologiques).

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Couverture d’un dossier Secret sur la construction d’un sous-marin nucléaire chinois.

Les amateurs d’OVNI ont 1 738 fichiers pdf à consulter, certains datant de 1949 comme des mémos sur les « flying saucers » ou des témoignages de rencontres du fameux « troisième type ».

Les fans d’histoire de l’espionnage (qu’ils lisent le dossier du tunnel de Berlin) pourront se plonger dans les dossiers de l’OSS Collection (11 147 pièces). L’Office of Strategic Services a été créé en 1942 et dissous en 1945 mais ses dossiers éclairent des pans de la Seconde guerre mondiale.

Quant aux admirateurs du « psychic » israélien Uri Geller, qu’ils sachent que la CIA estimait qu’il possédait vraiment des pouvoirs paranormaux.

Alors, poudre aux yeux ? L’avenir nous le dira.

Lire aussi : Un journaliste allemand (Udo Ulfkotte) qui a dénoncé la CIA retrouvé mort

 

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