Grâce à un protocole expérimental tirant profit des recherches sur les cellules souches pluripotentes induites, des chercheurs ont réussi à rajeunir des souris et à leur offrir 30% de longévité supplémentaires en activant quatre gènes : les facteurs Yamanaka. Les effets étaient visibles aussi bien sur l’organisme entier qu’à l’intérieur des cellules.


C’est sans doute l’un des champs de recherche les plus emblématiques de notre décennie: la mise au jour des mécanismes du vieillissement et la mise en œuvre de protocoles permettant de les enrayer. Publiée le 15 décembre dans la prestigieuse revue Cell, une étude menée par une vingtaine de chercheurs internationaux détaille les premiers résultats très encourageants d’une de ces méthodes: une reprogrammation partielle des cellules induisant un rajeunissement visible des corps.

Chez les souris sur lesquelles elle a été testée, après six semaines, les scientifiques observent une diminution sensible des marques externes du vieillissement (l’équivalent de nos rides et de nos cheveux blancs), une meilleure santé osseuse et cardiovasculaire, une cicatrisation plus rapide ainsi qu’une augmentation significative de leur longévité –de 18 à 24 semaines, soit un gain de 30% en moyenne.

«Notre étude montre que le vieillissement ne va pas obligatoirement dans une seule direction», explique dans le Guardian Juan Carlos Izpisua Belmonte, auteur principal et de l’étude et l’un des pontes contemporains de la médecine régénérative. «Il peut être ralenti, voire inversé, à la grâce d’une modulation méticuleuse».

Ce que voudrait aussi à inverser ce genre de travaux, c’est la manière de concevoir le vieillissement et les nombreuses pathologies qui y sont associées: au lieu de s’attaquer à ces dernières, la médecine régénérative entend cibler directement le vieillissement, «l’un des premiers facteurs de risque de bien des maladies humaines», rappellent les chercheurs.

Les facteurs Yamanaka

Les facteurs Yamanaka sont quatre gènes qui, s’ils sont activés dans des cellules en culture, peuvent les faire revenir à un état embryonnaire. Ces cellules pluripotentes induites sont capables de fournir toutes les cellules de l’organisme et de se diviser à l’infini. D’où l’idée d’activer ces facteurs pour faire rajeunir un organisme. L’ennui toutefois est que, comme l’ont montré des études précédentes, l’induction de ces gènes chez des animaux provoque des cancers.

Pour éviter ce problème, des chercheurs du Salk Institute for Biological Studies (la Jolla) ont choisi d’induire les facteurs Yamanaka sur de courtes périodes répétées. Tout d’abord, ils ont travaillé sur des souris qui avaient la progéria, une maladie humaine qui fait vieillir anormalement vite. Ils ont modifié génétiquement ces souris pour que leurs cellules activent les facteurs Yamanaka lorsqu’elles étaient traitées avec un composé (ici l’antibiotique doxycycline). Les souris semblaient alors plus jeunes, aussi bien dehors que dedans : leur colonne était moins courbée avec l’âge et le fonctionnement des organes était amélioré. Les cellules avaient aussi moins de signes de vieillissement que chez celles qui n’étaient pas traitées.

D’après Livescience, cette méthode augmentait l’espérance de vie des animaux de 30 %.

Les cellules reprogrammées semblent plus jeunes

Quand les expériences ont été reproduites sur des souris normales et âgées, celles-ci semblaient avoir rajeuni. Les chercheurs ont observé que certaines cellules avaient amélioré leurs capacités à se régénérer : les cellules de muscles et du pancréas se remettaient plus facilement d’une lésion. Ils ont aussi étudié des cellules humaines modifiées génétiquement pour activer les facteurs Yamanaka avec un traitement : quand ils traitaient les cellules, elles paraissaient plus jeunes au niveau moléculaire.

Ces résultats paraissent dans Cell.

À quand des tests similaires chez l’humain?

Pas avant une bonne dizaine d’années estiment les spécialistes. Sans compter que l’inversion de la courbe de l’âge ne veut pas dire pour autant guérison de la mort. «Nous ne pensons pas que cette approche mènera à l’immortalité», précise Izpisua Belmonte, en citant de nombreuses limites qu’il faut encore décrypter et dépasser avant d’espérer l’atteindre. En attendant, si Izpisua Belmonte et ses collègues n’œuvrent pas à la vie éternelle, ils ont bon espoir d’augmenter considérablement notre espérance de vie en bonne santé. Et c’est déjà bien suffisant…


Sources: futura-sciences.com / slate.fr / bfmtv.com / lemonde.fr

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