Pour son 63ème épisode, ce sont les revues scientifiques que #datagueule a mis dans son collimateur. En effet, l’équipe aborde un sujet peu connu et pourtant très problématique en termes de transparence et de démocratie, celui de la privatisation de la recherche, donc du savoir collectif. Aux dépens des citoyens et des laboratoires, l’argent public profite à des maisons d’édition privées. États des lieux et perspectives à propos d’un phénomène mondial d’accaparement et de commercialisation du savoir. 


Synthèse rédigée par mrmondialisation.org

La recherche scientifique n’est pas épargnée par la privatisation et le business as usual. C’est ce que démontre le dernier #datagueule. Si certaines revues de vulgarisation sont bien connues (comme la revue Science ou la revue Nature), même du grand public, la plupart des chercheurs partagent leurs recherches dans de nombreuses autres revues, plus spécialisées, moins populaires. Ces revues traitent de sujets essentiels, indispensables à l’avancement de la recherche scientifique et au développement de solutions innovantes. On y trouve des apports sur des thèmes aussi larges et divers que la maladie d’Ebola, les dernières découvertes en astrophysiques ou encore le changement climatique.

Or, dans leur grande majorité, les articles sont publiés dans des revues qui appartiennent à un oligopole, c’est à dire, à un petit groupe de détenteur du marché. Une situation très peu enviable qui fausse la libre concurrence. Conséquence : le prix de ces revues est en hausse constante et, droit de l’auteur à l’appui, leurs propriétaires empêchent le libre accès aux productions des chercheurs. Pour ces raisons, la question suivante est devenue légitime : « Les lois sur le droit d’auteur sont-elles bien adaptées ? »

La mainmise des grandes revues sur le publications scientifiques

L’enquête de #datagueule révèle plusieurs aspects de ce contrôle économique des revues scientifiques sur les publications et sur leur diffusion. Ainsi, les plus gros éditeurs, à savoir Elsevier, Springer Nature, Wiley Blackwell’s & Taylor et Francis se partagent 40% du marché. La maison qui se trouve en tête, Elsevier, n’est pas inconnue en France : elle est notamment responsable de la publication des Comptes rendus de l’académie des sciences.

Ces revues, dont on pourrait penser qu’elles sont animées par la volonté de faire avancer les sciences, cachent donc en réalité un business bien lucratif. S’imposant sur le marché, leur prix sont parfois devenus si prohibitif que les universités sont obligées d’annuler leurs abonnements. Ce qui pose problème, puisque en conséquence les chercheurs sont limités dans leur accès aux sources. Également déroutant : les chercheurs à l’origine des études sont en grande partie financés grâce à des fonds publics, et pourtant leur travail tombe dans le domaine privé…

Un système à dénoncer

À tous les échelons, des voix s’élèvent afin de critiquer un phénomène qui prend de l’ampleur, malgré son caractère anormal et peu éthique. En début d’année, le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique en France) ainsi que la CPU (Conférence des Présidents d’Université en France) appelaient dans une communication conjointe à « la libre diffusion des publications scientifiques », indiquant que selon eux,  » c’est par l’ouverture et le partage des données de la science que la recherche scientifique contribuera à la modernisation des pratiques démocratiques et au progrès économique, social et culturel. »

Cette position, c’est également celle d’associations, de chercheurs et de citoyens qui s’accordent pour condamner le fait que des études financées par de l’argent public soient privatisées et que leur diffusion soit restreinte de cette manière. Cette rétention du savoir empêche indirectement la société d’évoluer à une vitesse supérieure. Ainsi, interrogé par #datagueule, Marin Dacos, chercheur au CNRS et Directeur D’Open Edition, explique qu’il s’agit d’« un enjeu à la fois scientifique et politique » et que le problème réside dans la privatisation de la recherche qui aboutit à ce que « de la recherche publique […] ne [revienne] pas au public »

Des alternatives en marche

Pour contrer les grandes revues, des solutions fleurissent. Le développement d’internet change la donne et permet une résistance en marge. Avec l’open access, notamment, une nouvelle possibilité s’offre aux scientifiques, assurés de toucher un nombre plus grand de lecteurs, scientifiques ou non. La méthode est intéressante, puisqu’elle permet une meilleure diffusion du savoir et un partage des connaissances accru. Peut-être n’est ce qu’un juste retour des choses : #datagueule nous rappelle qu’en France, jusqu’en 1908, une exception au droit d’auteur existait pour les publications scientifiques :  » le droit de recopie », illimité dans la limite d’une citation correcte des source. Cependant, le problème n’est pas entièrement résolut : dans la mesure où être publié dans une revue prestigieuse peut se révéler important dans une carrière, il n’est pas certain que cette solution soit adoptée par tous les scientifiques…

Pour cette raison, l’intervention des gouvernements est nécessaire. En Allemagne, tout comme aux Pays-Bas, des lois récentes ont réduit la durée des droits d’auteur dans le domaine des publications scientifiques. De même, des textes récents s’attaquent aux monopoles que détiennent les principales maisons d’édition. Décidément, la course à l’argent semblent nous plonger une nouvelle fois dans une période bien obscurantiste. À quand une seconde renaissance ?

 


 

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