Hypersensible, anxieux, perfectionniste… Les surdoués adultes sont souvent en décalage malgré leurs efforts pour se fondre dans la masse. Voici quelques clés pour mieux les comprendre.


Des surdoués, vous en avez sûrement autour de vous, mais vous n’avez peut-être jamais pensé à les identifier comme tels. Sans doute connaissez-vous quelqu’un qui vous fascine par ses connaissances, vous charme par son brio et son impertinence ou encore vous agace par de longues explications fourmillant de détails, ou vous interrompt par des questions qui paraissent sans rapport. Vous êtes peut-être intrigué, au contraire, par la retenue et le silence d’un de vos proches. Vous trouvez curieux qu’il ne participe pas à la conversation, tout en ayant l’air de ne pas en laisser passer une miette, par un regard vif posé sur les interlocuteurs et par un commentaire si pertinent tout à coup qu’il fait basculer un échange anodin en réflexion d’une profondeur inattendue.

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Il y a aussi certainement dans votre entourage un râleur invétéré, qui n’est jamais content, de lui-même, des autres et de la manière dont va le monde, qui trouve que les gens ne comprennent rien à rien, que l’on va droit dans le mur et que si on suivait ses idées, tout irait bien mieux, c’est évident. Vous aurez sans doute déjà rencontré une personne qui vous est apparue hypersensible, fortement préoccupée par des sujets bien loin de votre quotidien, facilement anxieuse par rapport à ce qu’elle vit et qui ne vous perturberait pas autant à sa place, quelqu’un qui se dit souvent qu’il ne va pas y arriver et qui semble se compliquer la tâche par un souci du détail qui confine à un perfectionnisme excessif à vos yeux.

Des adultes qui dérangent

Bref, les surdoués ne sont pas que des enfants qui attirent l’attention lorsqu’ils ont des difficultés scolaires incompréhensibles au vu de leur potentiel. Ce sont aussi des adultes qui se vivent souvent en décalage, dans leur univers professionnel comme personnel. Mais est-ce que ce sont eux qui s’excluent ou se marginalisent par leur grande sensibilité, leur sens impérieux de la justice, leur rejet bruyant de l’hypocrisie et des faux-semblants, leur silence face à l’absurdité des choses ou leurs sarcasmes lorsqu’ils n’en peuvent plus de se taire? Ou est-ce que ce sont les autres qui, ne fonctionnant pas sur le même plan, ont les plus grandes difficultés à les intégrer, à accepter leur différence et à ne pas se sentir dévalorisés, ce qui est pourtant la dernière chose que souhaite généralement faire le surdoué?

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Pourtant, ils font tout pour être comme les autres

Le grand problème de celui-ci, qui le tenaille depuis l’enfance, est en effet d’essayer au maximum d’avoir l’air comme tout le monde, de ne pas en rajouter pour se faire remarquer, sauf peut-être dans le chahut et les bêtises ou là, son intelligence à faire le pitre pourra le rendre acceptable aux yeux de ses camarades.

Il a ainsi tendance à développer un « faux-self« , c’est-à-dire une personnalité de façade qui intègre au maximum la norme, celle de son éducation familiale, celle de l’école ou celle des relations avec autrui, telles qu’il les perçoit. Il y met tout son talent et ce n’est qu’en cas d’échec patent qu’il se réfugie dans l’agressivité, la rêverie, le mutisme ou les comportements auto-destructeurs, en réaction à un monde qu’il ne comprend pas et qui ne semble pas non plus comprendre tous les efforts qu’il fait pour se conformer.

Tous les adultes surdoués expliquent combien il est douloureux d’être envahi par cette perception grossie du monde. Comme lorsque, petit, on regarde les fourmis évoluer dans la fourmilière aux parois grossissantes.

Un enfant intellectuellement précoce est un enfant qui réfléchit autrement. Son mode de pensée particulier génère certaines difficultés ou fragilités : une hypersensibilité, des retards psychomoteurs, une vulnérabilité psychologique qui compromettent sa réussite scolaire et sa sociabilisation. Extrait de « Au secours, mon enfant est précoce ! »

« Alors maman, pourquoi le hasard ? » Ces surdoués s’interrogent sur le pourquoi des choses : « Pourquoi il pleut ? », « Pourquoi le ciel est bleu ? », « Qu’est-ce qu’il y a derrière les étoiles ? »… Ces interrogations touchent toutes les choses qui les environnent. Ils veulent tout savoir, tout comprendre, comme s’ils voulaient tout maîtriser.

Une question en entraîne une autre, puis encore une autre. Ils se posent des questions sur tout et tout le temps, et aucune réponse ne peut attendre. En même temps qu’ils questionnent, ils s’interrogent encore. Rien ne peut être ignoré. Leur besoin de vouloir tout maîtriser semble grand et sans fin. Mais plus encore, ils s’inquiètent.

„„Des questionnements existentiels

Un enfant surdoué se pose des questions existentielles et cela dès son plus jeune âge. Son questionnement est anxiogène, car il envisage le pire. Il extrapole et cherche à être rassuré. Il est préoccupé par des questions, qui peuvent donner un sens à la vie.

Mystères de vie, de mort, limites du cosmos, création de l’Univers, origine des temps, évolution des hommes sont autant de thèmes qui passionnent les enfants surdoués, mais aussi qui les intriguent. Ils mesurent à quel point la clé du monde est à leur portée, mais certainement pas dans leurs poches. Cela entraîne chez l’enfant à haut potentiel un état d’anxiété qui peut très bien avoir quelque incidence sur sa vie sociale et scolaire. „„

Le sens de l’effort peu développé

L’enfant surdoué comprend vite, même très vite, mais sa compréhension est globale et elle manque de rigueur. Parfois, il pense savoir et s’entête dans sa façon de penser. Son savoir est intuitif il ne produit donc aucun effort. D’ailleurs, il a horreur de l’effort. Pourtant, il ne supporte pas d’échouer.

Souvent, il préfère ne pas faire plutôt que de se heurter aux difficultés.

Lorsque l’enfant surdoué est confronté aux exigences de l’éducation nationale, tous ces aspects rendent chaotique son parcours scolaire.„„

Un enfant fragile et solitaire

Hypersensible, l’enfant intellectuellement précoce a ses sens comme exacerbés. Il vivra d’autant plus mal de se sentir différent s’il se sent incompris. Sa fragilité est réelle et nécessite une reconnaissance et une prise en charge dès les premières années de sa vie si l’on souhaite le voir épanoui avant d’aborder sa période adolescente, une étape toujours délicate pour un jeune quel qu’il soit. Souvent en grande souffrance, beaucoup trop souffrent d’une dépression pas toujours bien comprise par leurs proches, et ce malentendu les plonge plus encore dans un mal-être réel. Ils ne trouvent plus leur place et ils doutent de tout.

Souvent seuls, ils ne sont pas solitaires, mais ils le deviennent. Leur caractère change, il perd de son innocence, et leur regard sur le monde devient acéré. Il est important de mettre un mot sur le trouble dont souffrent ces jeunes adolescents si on souhaite les aider à surmonter leurs difficultés. Nous le remarquons tous les jours sur le terrain, le gâchis du potentiel intellectuel ruine des avenirs pourtant prometteurs et engendre des situations douloureuses auxquelles il faut absolument mettre un terme si nous voulons véritablement aider ces adolescents si particuliers.

Extrait de « Au secours, mon enfant est précoce !« , Laurence Lalande, (Eyrolles éditions), 2013.

Les surdoués ont de grandes difficultés à appréhender leur vie intérieure, leurs émotions par exemple, mais aussi le monde qui les entoure. Leur lucidité extraordinaire, qui leur permet une perception inhabituelle du monde, peut aussi les fragiliser. Extrait du livre « Trop intelligent pour être heureux ? » de Jeanne Siaud-Facchin.

La difficulté d’être un adulte surdoué peut s’aborder sous deux angles : celui, essentiel, de la lente construction de soi, de sa personnalité, de l’image que l’on a de nous-mêmes et qui détermine notre rapport au monde, aux autres. Mais aussi sous l’angle plus spécifique des particularités de fonctionnement des surdoués qui vont prendre un relief, une présence, singulières à l’âge adulte. Ces singularités, déjà présentes dans l’enfance, vont devenir des façons d’être au monde qui peuvent compliquer l’équilibre de vie. L’intrication, on le comprend, est étroite entre le parcours de l’enfant surdoué que l’on a été, et l’adulte que l’on devient.
On peut repérer dans les lignes qui suivent des modes de fonctionnement qui se retrouvent dans d’autres profils de personnalité. C’est vrai. Mais ce qui est spécifique au surdoué, comme toujours, est l’intensité de chacune de ces expressions de soi. Et la souffrance qui peut y être associée. La fréquence d’apparition de ces caractéristiques de personnalité permet d’identifier ce groupe, distinct parmi les autres, que composent les adultes surdoués. Ni tout à fait pareils ni complètement différents…

La lucidité étourdissante

Comment vivre avec cette lucidité qui inonde tout ce qui entoure. Qui scrute le moindre recoin. Qui repère le plus petit détail. Une lucidité qui pénètre au plus profond de l’autre. La lucidité du surdoué est d’autant plus puissante qu’elle s’alimente à une double source :

– l’intelligence aiguisée qui dissèque et analyse,
– l’hyperréceptivité émotionnelle qui absorbe la plus infime particule d’émotion ambiante.Cette lucidité pénétrante ne laisse aucun répit. Et le surdoué ne peut débrancher ce rayon laser qui l’habite, qui fonctionne sans relâche. Il devient plus difficile de se sentir en sécurité, de faire confiance, de se laisser porter par la vie. La lucidité créé un véritable trouble, non identifié dans les manuels de psychologie, et pourtant proche du vertige, de la perte de conscience parfois. De la souffrance toujours. Tous les adultes surdoués expliquent combien il est douloureux d’être envahi par cette perception grossie du monde. Comme lorsque, petit, on regarde les fourmis évoluer dans la fourmilière aux parois grossissantes. La lucidité exacerbe et amplifie, mais surtout ne permet jamais de « ne pas voir ». Comme il est plus facile de vivre quand on ne repère pas les dysfonctionnements ambiants, que l’on ne se retrouve pas à penser, réfléchir, sur un problème anodin, que l’on ne se sent pas touché par une émotion à priori négligeable !
Une telle lucidité fragilise l’équilibre de vie. Interroge le sens de la vie. Inlassablement. Mais aussi entraine une remise en question permanente car rien n’est accepté sans condition. Avant de considérer une situation, une compétence, un savoir, une connaissance, comme valide et acceptable, le surdoué l’aura d’abord passé au crible de son analyse. (…)

La lucidité sur le monde donne une grande lucidité sur soi

Quand on fonctionne avec cette faculté acérée de repérer et disséquer inlassablement le monde, que l’on perçoit avec acuité les fragilités et les limites des autres, comment ne pas percevoir, d’abord, ses propres failles ? Voilà ce qui guette, à chaque pas, le surdoué : douter de lui, de ce qu’il est, de ses possibilités, de ses compétences, de ses qualités. Quand on est surdoué, on ne se sent jamais, mais alors jamais, supérieur aux autres. Bien au contraire. Et pourtant, cette idée du sentiment de supériorité que l’on éprouverait parce qu’on est surdoué hante tellement les esprits… de ceux qui ne le sont pas !
Ce qui est vrai, cependant, est que certains surdoués « gonflent leur égo ». Ils développent une personnalité qui apparaît suffisante, méprisante parfois. Ils donnent l’image de personnes qui se pensent tellement au dessus de la masse. Mais ne nous y trompons pas ! Comme la grenouille de la fable de La Fontaine qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, le surdoué qui semble prétentieux est le plus vulnérable parmi tous. Sa suffisance tente de masquer son sentiment d’impuissance, de profonde fragilité. Celui-là a peur. Il est terrifié par l’idée d’être rejeté. S’il adopte ce type de comportement, c’est qu’il ne va pas bien. Qu’il souffre.
La lucidité sur le monde et sur soi ouvre les portes d’une compréhension percutante et acérée. La puissance de cette lucidité peut être douloureuse mais elle est aussi la source d’une vision des choses que l’on pourrait finalement qualifier d’extralucide.

Jeanne Siaud-Facchin, psychologue, explique qu’un enfant surdoué n’est pas, comme on pourrait le croire, un enfant qui sait tout, mais un enfant dont l’intelligence est qualitativement différente.

Jeanne Siaud-Facchin est psychologue clinicienne. Elle est praticienne de la Méditation de Pleine Conscience, Mindfulness et créatrice des programmes pour enfants et adolescents, Mindful UP. Voici le site ressource.

Ancienne attachée des hôpitaux de Paris et de Marseille, elle est membre honoraire du Laboratoire sur le Fonctionnement Cognitif du Pr. B. Gibello, à l’hôpital de la Salpétrière à Paris.

Jeanne Siaud-Facchin est la fondatrice de Cogito’Z, le premier centre européen de psychologie intégrative (Marseille, Avignon, Paris, Lyon).

Elle est la créatrice et la présidente d’honneur de l’association Zebra, centre de ressources pour surdoués a été créée à son initiative.

Auteur  (ouvrages principaux) :

– L’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir, Ed.Odile Jacob, 2002, 2008 (édition de poche)

– Guide de Psychologie de la Vie Quotidienne, sous la direction de Christophe André, Odile Jacob, 2008

– Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, Ed.Odile Jacob, 2008.

– Génération Ado Le Dico, Bayard, 2011, 2012, 2013

– Comment la méditation a changé ma vie…et pourrait bien changer la vôtre ! Ed.Odile Jacob, 2012

– Tout est là, Juste là. Méditation de Pleine Conscience pour les enfants et les ados aussi. Ed. Odile Jacob, 2014

– Mais qu’est ce qui l’empêche de réussir ? Ed.Odile Jacob, poche 2015

Votre QI reflète-t-il votre intelligence ?

Définir l’intelligence a toujours été un défi pour les psychologues, pour la simple et bonne raison que l’intelligence n’est qu’un concept. Selon certains spécialistes, l’intelligence nous permettrait de faire des associations appropriées entre les évènements. Pour d’autres, l’intelligence permettrait de nous adapter aux situations nouvelles. Quant à Piaget, il disait avec dérision que l’intelligence n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas…

Malgré ce manque de consensus sur la définition de l’intelligence, les psychologues ont pourtant essayé de la mesurer, à travers l’évaluation de notre quotient intellectuel (QI). Alors ce fameux QI est-il un bon reflet de votre intelligence ? Un bref historique vous aidera à vous en faire une idée…

C’est en 1905 qu’est créé le premier test d’évaluation de l’intelligence. On le doit aux Français Binet et Simon, respectivement psychologue et médecin. À cette époque, l’école vient d’être rendu obligatoire, et le Ministère français de l’Instruction Publique se préoccupe de l’enseignement à donner aux enfants en difficulté. Il fait alors appel à Binet qui élabore avec Simon un test pour dépister les enfants en difficulté d’apprentissage. Pour cela, Binet et Simon ont tout d’abord mis en évidence les âges du développement typique de l’enfant (certains exercices réussis par des enfants « normaux » ne le sont pas par des enfants plus jeunes). Ils leur suffisaient ensuite de comparer les performances des enfants testés à celles des enfants typiques de même âge : si un enfant de 4 ans réussissait des exercices résolus majoritairement par des enfants de 6 ans, on disait alors que cet enfant avait un « âge mental » de 6 ans. Cette notion d’ « âge mental » fournissait ainsi un indice du « niveau intellectuel » de l’enfant. À l’inverse, un retard mental était caractérisé par un âge de développement inférieur à l’âge de référence de l’enfant.

À l’époque, le degré d’intelligence d’un élève était donc « arbitrairement » caractérisé par la différence entre son « âge mental » et son âge réel.

Le problème, c’est qu’un retard n’a pas la même signification selon l’âge réel de l’enfant. Ainsi, un retard de 2 ans est beaucoup plus problématique chez un enfant de 3 ans que chez un enfant de 12 ans. Pour résoudre ce problème, un psychologue allemand (Stern) a eu l’idée, en 1912, de diviser l’« âge mental » de l’enfant par son âge réel et de multiplier ce résultat par 100. C’est ainsi qu’est né le fameux quotient intellectuel ou QI. Dans mon exemple, l’enfant de 3 ans avec un retard de 2 ans obtient donc un QI de 33. Quant à l’enfant de 12 ans, avec le même nombre d’années de retard, il obtient un QI beaucoup plus élevé de 83.

Par la suite, la notion de QI a encore évolué. Le psychologue Wechsler a ainsi proposé d’abandonner la notion d’âge mental et de quotient, en mettant au point un test pour adultes. Wechsler utilise cette fois une démarche statistique qui permet de comparer les performances entre les personnes, quel que soit leur âge. Par exemple, si vous obtenez un QI de 100 (la note standard), cela signifie simplement que 50% des gens de votre groupe de référence ont eu un meilleur score que vous, et 50% un score moins bon :

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Le QI est donc devenu un classement dans lequel se situe votre résultat, relativement au résultat des autres. Le QI moyen est fixé conventionnellement à 100. Le retard mental correspond à un QI de 70 ou moins, et le niveau intellectuel supérieur à un niveau de 120 ou plus.

On utilise donc aujourd’hui le terme QI de façon abusive, puisqu’il ne correspond plus du tout au quotient intellectuel de l’époque.

Un des inconvénients du QI est qu’il nous fait penser que l’intelligence se résume à un chiffre. Rappelons tout d’abord qu’il n’existe aucune définition concrète de l’intelligence et qu’ensuite, celle-ci à de nombreuses facettes. Cela veut dire qu’il faudrait plusieurs mesures pour l’évaluer (c’est ce que proposent d’ailleurs les tests récents en distinguant par exemple des indices de compréhension verbale, de mémoire ou de vitesse de traitement).

Mais ce qui est peut-être le plus gros défaut du QI, c’est qu’il nous fait croire que l’intelligence est une caractéristique en soi de la personne, alors que le QI varie aussi en fonction de son milieu socio-économique. Pour les plus critiques, le QI ne serait qu’un moyen de légitimer la perpétuation des classes sociales, de maintenir chacun dans son rang. De façon plus objective, les chercheurs ont en effet constaté que la performance aux tests d’intelligence était bien influencée par la classe sociale (des études ont montré des écarts d’une quinzaine de points entre le QI moyen des enfants d’ouvriers agricoles et celui des enfants de cadres supérieurs).

Le QI reflèterait donc moins l’intelligence que les comportements relatifs à une classe sociale.

Pour conclure, voici la définition ironique de l’intelligence proposée par Binet, l’inventeur des tests : « L’intelligence, c’est ce que mesure mon test ! ». À méditer.

Synthèse

L’intelligence, un handicap comme les autres ? Le parcours du combattant des (sur)doués en France

Il y a tant de manières d’être et de fonctionner qui sont incomprises en France. Les handicaps mentaux, les différentes formes d’autismes, les comportements hâtivement catalogués comme “anormaux” ou “pathologiques” en sont sans doute les plus éloquents exemples. Combien de parents sont livrés à eux-mêmes dans leur quotidien avec un enfant considéré comme “différent”, “hors norme”, “ayant des besoins particuliers” ? Entre hyper-médicalisation, étroitesse de la norme et rigidité des modèles éducatifs, ces pauvres parents sont bien démunis pour accompagner leur enfant dans un monde qui les traite comme des anomalies. Parfois, les traitements “spéciaux” ou “spécialisés” sont pire que le reste. Ils renforcent les stigmatisations et assimilent chaque personnalité “différente” à une autre, simplifiant à l’extrême des cas particuliers si complexes.

La stigmatisation se fait entre deux groupes : celui des “normaux”, et celui des autres, tous dans le même sac. C’est encore l’idée de la solution de masse qui prime : la pédagogie de l’école publique est la référence. Ceux qui ne sont pas capable d’apprendre dans ce contexte, d’y évoluer, de s’y conformer, sont considérés comme étant en échec. Les parents ont si peu de choix !

La pauvreté des options en matière d’évolution et d’éducation des enfants confirme que nous sommes encore à l’âge de pierre des neurosciences et de la pédagogie. Il n’est pas possible d’optimiser les talents et les modes de fonctionnement de chaque individu si l’enseignement lui-même ne comprend pas et n’intègre pas les individualités.

On mesure encore la prétendue “intelligence” de manière unilatérale et ultra-simplifiée. Des notes sur 20 en passant par les tests de QI et autres tests psychologiques plus ou moins scientifiques, les gamme des outils utilisés par les “évaluants” est réduite. Il faudrait combiner des dizaines d’expertises différentes, sur la durée, pour obtenir un bilan assez solide pour baser des décisions d’orientation aux conséquences irrévocables. Or, c’est la voix médicale qui finit trop souvent par être décisionnaire : seuls les résultats “scientifiques” ont de la valeur. Mais quelle science ? Les pédagogies alternatives sont encore trop souvent considérées comme des options fantaisistes, bien que certaines d’entre elles soient étayées par des études neuro-scientifiques très solides.

Etre “doué”, ou “surdoué”, une différence comme les autres ?

Les enfants surdoués peuvent rencontrer autant de difficultés que ceux que l’on range dans la catégorie des handicapés mentaux en France. Mal compris, rarement détectés, et donc mal orientés, ceux-ci sont très souvent en souffrance. Plus de 50% d’entre eux sont en échec scolaire à l’âge de 14 ans. Les conséquences sur la construction de l’identité, la confiance en soi et l’épanouissement futur sont considérables. Hypersensibles et plus sujets aux angoisses et aux dépressions que la moyenne, les enfants doués vivent encore plus mal le sentiment d’échec, se sentant déjà “à part” au plus profond d’eux-mêmes sans savoir vraiment pourquoi.

Le système scolaire public n’a pas été conçu pour s’adapter aux différents modes d’apprentissage des enfants. C’est un modèle binaire de transmission (par un professeur)/ réception (par un élève), ce dernier se trouvant isolé de ses camarades dans le mode d’enseignement. On montre, on explique et ensuite, c’est à l’élève de reproduire et d’assimiler, par la répétition, dans un cadre où chaque initiative personnelle est considérée comme un échec de l’exercice plutôt qu’une proposition constructive.

Les facultés de coopération, d’éthique, de transmission, d’empathie, les qualités d’innovation, de communication, la créativité et l’intelligence émotionnelle sont complètement exclues de cette forme d’apprentissage.

Or, beaucoup d’enfants dits “doués” (chose que l’on mesure encore à l’aide du QI mais qui s’étend au delà d’une intelligence de raisonnement pure) sont aussi généralement hyper-sensibles, empathiques, très attentifs à leur environnement. Ils ont tendance à lire les émotions des autres et à ressentir vivement celles-ci. Ils établissent des connexions entre des éléments et des processus qui semblent a priori distincts. Leur capacité à enregistrer et à utiliser les informations dans un raisonnement vont bien au-delà de ce qui est demandé dans le cadre scolaire. Cette fantastique capacité se retourne aussi contre eux si le contexte ne les stimule pas assez : ils sont nombreux à souffrir de troubles anxieux, voire à s’auto-violenter s’ils s’ennuient et se sentent seuls face à leurs difficultés.

Le mode d’apprentissage des enfants doués est différent, et diffère même d’un enfant doué à un autre. Ils ont besoin de plus de flexibilité, d’un rythme plus soutenu, de plus de nouveauté et d’un accompagnement plus individualisé. Chaque enfant surdoué a une “douance” spécifique. Regrouper plusieurs “surdoués” sur la seule base de leur QI dans une même classe ne donne pas toujours de bons résultats.

Que se passe-t-il alors quand l’enfant doué grandit ?

La plupart du temps, il ne se passe malheureusement rien. Ceux qui ont été “diagnostiqués” (oui, c’est le terme consacré encore aujourd’hui) ont pu avoir la possibilité d’intégrer une école adaptée. En France, les places sont très rare. Il faut s’expatrier si l’on veut pouvoir offrir un enseignement véritablement approprié à un enfant surdoué (aux Etats-Unis, au Royaume-Uni), ou passer par des méthodes pédagogiques dites alternatives comme les écoles Montessori qui vont rarement au-delà du collège. Sauter des classes répond uniquement au besoin de changement de rythme de l’enfant, mais ne comble en aucun cas ses besoins pédagogiques et psychologiques spécifiques. De plus, cela peut accentuer son isolement social dans un système où la progression se fait par l’ancienneté et non pas les facultés.

Beaucoup d’enfants doués non “diagnostiqués” grandissent dans l’ignorance de leur propre spécificité. Ils entrent dans la vie adulte avec plus ou moins de confiance, mais souvent des blessures et des insécurités dues à ce sentiment d’être différent, sans savoir pourquoi, ni en quoi. Certains auront toute leur vie le syndrome de l’imposteur, se sentiront exclus ou jamais à leur place et s’épuiseront à la chercher.

Le plus difficile sera de gérer ce sentiment de décalage, de l’accepter, voire de le revendiquer, tant que le “diagnostic” n’a pas été posé. Une fois que l’on sesait différent, de manière objective et scientifique, il est parfois plus facile de se construire sur des bases plus solides. Beaucoup d’adultes qui font les tests sur le tard changent de voie, reprennent des études, se relancent vers une vie plus fidèle à ce qu’ils sont. Encore faut-il le savoir, ou même s’autoriser à envisager que l’on puisse tout simplement être “doué” !

Les adultes doués dans le monde professionnel

Comme à l’école, beaucoup sont malheureux. Car, comme à l’école, la norme est encore celle de la rigidité, du fonctionnement par “profil”, “métier” ou “compétence”. On considère rarement les potentialités d’une personne, ses aptitudes réelles, ses motivations profondes, sa vision et ce qu’elle peut apporter. Peu confiants, bien des adultes doués ne savent pas se vendre ou refusent de le faire. Ils ont besoin d’une hiérarchie bienveillante pour se sentir épanouis et prendre confiance. Ils ont aussi besoin d’évoluer dans des univers flexibles, ouverts, innovants, aux fonctionnements souples et agiles. Autant dire qu’en France, les opportunités sont encore rare. Les fragilités émotionnelles et identitaires de ces personnes sont de véritables freins à leur épanouissement d’adulte.

Ces personnes constituent 5% de la population. Prendre soin des enfants et des adultes hyper-sensibles et doués n’est pas simplement un luxe. Tant que notre système n’inclura pas ceux qui ont tant à lui apporter, tant que le mal-être de ces derniers les feront passer à côté de leurs vies et de leurs vocations, c’est l’ensemble de la population qui en pâtira. Au delà de la douance, il y a des milliers de spécificités humaines qui font les personnalités de chaque enfant, de chaque adulte, et qui ne sont aujourd’hui ni révélées, ni encouragées à l’école comme au travail. C’est bien plus que 5% de la population qui est concernée par la reconnaissance et la valorisation des spécificités de chacun.


Pour aller plus loin :

FAQ sur l’enfant surdoué :
http://www.douance.org/eipsynt.html

Emission à réécouter “La tête au carré : hypersensibles et doués”
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-hypersensibles-et-doues

Quelques ouvrages sur les adultes doués :
Adultes sensibles et doués : trouver sa place au travail et s’épanouir
L’adulte surdoué : apprendre à faire simple quand on est compliqué
Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué
Différence et souffrance de l’adulte surdoué

Témoignages d’adultes surdoués :
http://planetesurdoues.fr/index.php/adultes-surdoues/sites/

Comment savoir si l’on est “doué” ?
Le test de WAIS est celui qui est classiquement proposé par les psychologues aux adultes. Il faut cependant effectuer un entretien clinique approfondi avec un professionnel en complément du test pour obtenir un bilan sérieux. Les tests de QI seuls ne permettent pas d’avoir un résultat complet.

Quelques traits de caractère d’un(e) adulte surdoué(e) :

  • grande mémoire
  • besoin de défi constant
  • exigence très forte envers les autres et soi
  • grande sensibilité, grande compréhension des autres, compassion
  • grande susceptibilité / fragilité / vulnérabilité qui engendre des réactions émotionnelles fortes
  • caractère entier, pas de demi-mesure
  • humour décalé, réparties surprenantes
  • grande curiosité pour une grande variété de choses, qui se déplace de sujets en sujets
  • intensité et implication plus forte que la moyenne dans tout
  • force de concentration, ténacité hors du commun
  • manière particulière de s’exprimer, langage particulier et complexe
  • facilité et intérêt pour les langues étrangères
  • grande imagination
  • capacité à développer une vision, un leadership naturel qui engendre de grandes frustrations si elle ne s’exprime pas
  • grande lucidité, sur le monde et sur soi
  • mal-être dans des postures d’autorité ou de management opérationnel trop spécifique ou routinier
  • grand sens des valeurs morales, intolérance vis à vis de l’injustice
  • somatisations disproportionnées face aux difficultés de la vie
  • parcours hors des sentiers battus, goût pour l’exploration
  • ressentent souvent un ennui profond
  • grande indépendance, préférence pour la solitude si l’environnement social ne correspond pas
  • relations sociales moins socialement homogènes que la moyenne (âges, professions, origines géographiques, etc.)…

Source : atlantico.fr / inrees.com / lexpress.fr / blog.francetvinfo.fr / medium.com

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